Agro-industrie : un accord Togo–Brésil pour industrialiser l’agriculture togolaise et attirer de nouveaux investissements agroalimentaires

Les points clés :

  • Le Togo engage une coopération stratégique avec le Brésil pour accélérer la transformation agroalimentaire et le transfert de technologies agricoles.

  • L’accord vise la création d’un véritable écosystème agro-industriel orienté vers la productivité, la transformation locale et les exportations.

  • Cette initiative s’inscrit dans une compétition régionale croissante pour la sécurité alimentaire et l’industrialisation agricole en Afrique de l’Ouest.


Le Togo vient de franchir une étape structurante dans sa stratégie de transformation agricole. En signant un protocole d’accord avec l’Institut Daniel Franco, institution brésilienne spécialisée dans l’agriculture et l’élevage tropical, le pays amorce un repositionnement stratégique de son secteur agroalimentaire, longtemps dominé par la production primaire.

Paraphé par le ministre togolais de l’Agriculture, Antoine Gbegbeni, l’accord intitulé « Établissement d’un marché commun entre le Togo et le Brésil en matière d’agroalimentaire et de renforcement de capacités » dépasse le simple cadre d’une coopération technique. Il traduit une ambition économique plus large : faire de l’agriculture togolaise un moteur industriel capable de soutenir la croissance, l’emploi et les exportations régionales.

Dans un contexte marqué par la volatilité des marchés alimentaires mondiaux et les chocs climatiques répétés, Lomé cherche désormais à transformer son avantage agricole potentiel en puissance agro-industrielle.

Le modèle brésilien comme référence agricole mondiale

Le choix du Brésil n’est pas anodin. En l’espace de quatre décennies, le Brésil est devenu l’une des premières puissances agricoles mondiales, passant d’importateur net de denrées alimentaires dans les années 1970 à géant exportateur de soja, viande bovine, sucre et maïs.

Selon les données de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, le Brésil figure aujourd’hui parmi les trois premiers exportateurs agricoles mondiaux, avec une agriculture fortement mécanisée et intégrée aux chaînes de valeur industrielles.

Le succès brésilien repose notamment sur le transfert massif de technologies agricoles adaptées aux zones tropicales, un domaine dans lequel l’Institut Daniel Franco possède une expertise reconnue, notamment en sélection animale, amélioration génétique et gestion durable des exploitations. Pour le Togo, l’enjeu consiste précisément à adapter ces innovations aux réalités agroécologiques ouest-africaines.

Transformer l’agriculture togolaise : de la production à la valeur ajoutée

L’agriculture représente environ 20 à 25 % du PIB togolais et emploie près de 60 % de la population active, selon les données de la Banque mondiale. Malgré ce poids économique, la majorité des productions agricoles togolaises reste peu transformée localement. Une grande partie de la valeur ajoutée est captée hors du pays, notamment lors des phases de transformation industrielle et de commercialisation.

Le partenariat avec l’Institut Daniel Franco vise justement à combler ce déficit structurel en introduisant : la modernisation des systèmes de production végétale et animale, la professionnalisation de la gestion des exploitations, la structuration des filières agricoles, et le développement d’investissements agro-industriels conjoints.

Cette approche s’inscrit dans la stratégie nationale de transformation agricole portée par le gouvernement togolais à travers la feuille de route Togo 2025, qui identifie l’agrobusiness comme levier prioritaire de croissance.

Vers un marché agroalimentaire Togo–Brésil

L’un des aspects les plus stratégiques de l’accord réside dans la perspective d’un marché commun agroalimentaire entre les deux pays. Derrière cette formulation se dessine une logique d’intégration commerciale et de montée en gamme des productions togolaises. Le transfert de compétences devrait permettre d’améliorer la productivité animale, notamment dans les filières viande et lait, secteurs encore largement déficitaires en Afrique de l’Ouest.

Selon la CEDEAO, la région importe chaque année pour plus de 3 milliards de dollars de produits alimentaires, dont une part importante de produits carnés et laitiers. Réduire cette dépendance constitue aujourd’hui une priorité stratégique pour les États ouest-africains confrontés à une croissance démographique rapide.

Une coopération Sud-Sud en pleine expansion

Ce partenariat illustre également la montée en puissance des coopérations Sud-Sud dans les politiques agricoles africaines. Contrairement aux modèles d’aide traditionnels, ces partenariats reposent davantage sur l’échange d’expertise opérationnelle entre économies confrontées à des défis similaires.

Le Brésil multiplie depuis plusieurs années ses initiatives agricoles en Afrique, notamment au Mozambique, au Ghana et en Angola, en mettant l’accent sur l’adaptation des technologies tropicales. Selon le Programme des Nations unies pour le développement, ces coopérations renforcent l’autonomie technologique des pays africains et accélèrent la diffusion d’innovations adaptées aux réalités locales.

L’agro-industrie, nouveau champ de compétition régionale

Le mouvement engagé par le Togo intervient dans un contexte régional marqué par une accélération des investissements agricoles. La Côte d’Ivoire développe ses zones agro-industrielles intégrées, le Ghana investit massivement dans la transformation locale du cacao et le Nigéria renforce ses politiques de substitution aux importations alimentaires.

Selon la Banque africaine de développement, l’agro-industrie africaine pourrait représenter un marché de 1 000 milliards de dollars d’ici 2030. Dans cette compétition régionale, la capacité à transformer localement devient déterminante pour attirer investissements, emplois industriels et devises.

Une réponse aux vulnérabilités alimentaires

Les crises récentes, pandémie, perturbations logistiques mondiales, inflation alimentaire, ont mis en lumière la dépendance structurelle de nombreux pays africains aux importations. Selon la FAO, plus de 280 millions d’Africains restent confrontés à l’insécurité alimentaire. La modernisation agricole apparaît ainsi comme un enjeu de souveraineté économique autant que sociale.

Pourquoi est-ce important ?

L’accord entre le Togo et l’Institut Daniel Franco dépasse largement une coopération bilatérale. Il illustre une mutation plus profonde de l’économie ouest-africaine : le passage progressif d’une agriculture de subsistance vers une agriculture industrielle intégrée aux marchés régionaux et internationaux.

Pour l’Afrique de l’Ouest, où la demande alimentaire devrait doubler d’ici 2050 selon la Banque mondiale, la transformation agroalimentaire devient un pilier de stabilité économique et politique. Si le transfert technologique promis se concrétise, le Togo pourrait renforcer sa compétitivité agricole, réduire ses importations alimentaires et devenir un hub agro-industriel régional reliant producteurs locaux, investisseurs internationaux et marchés de la CEDEAO.

L’enjeu est désormais clair : produire ne suffit plus. Transformer, standardiser et exporter détermineront la place des économies ouest-africaines dans la nouvelle géographie mondiale de l’alimentation.

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