Pouvoir d’achat au Togo : inflation en chute, prix stabilisés… le panier de la ménagère respire-t-il enfin ?
Les points clés :
Le Togo enregistre en 2025 l’un des taux d’inflation les plus faibles de l’UEMOA.
La hausse de la production agricole contribue directement à la baisse des prix alimentaires.
Les subventions énergétiques et les investissements publics jouent un rôle central dans la stabilité du coût de la vie.
Dans un contexte mondial encore marqué par les tensions inflationnistes héritées des crises énergétiques et logistiques post-pandémie, la question du panier de la ménagère reste l’indicateur économique le plus concret pour mesurer la perception réelle de la croissance par les populations. Au Togo, derrière les statistiques macroéconomiques souvent techniques, une interrogation domine désormais les marchés, les foyers et les centres urbains comme ruraux : le coût de la vie devient-il enfin maîtrisable ?
Les dernières données publiées par l’Institut national de la statistique et des études économiques et démographiques (INSEED) apportent des éléments de réponse rarement observés ces dernières années dans la sous-région. En 2025, le taux d’inflation annuel s’est établi à 0,4 %, contre 2,9 % en 2024, soit une baisse de 2,5 points. Ce niveau constitue l’un des plus faibles enregistrés au Togo depuis plusieurs exercices économiques.
Une inflation maîtrisée dans un environnement mondial instable
La performance togolaise apparaît d’autant plus notable que l’inflation reste une préoccupation majeure à l’échelle internationale. Selon les perspectives économiques régionales publiées par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), plusieurs économies de l’Union économique et monétaire ouest-africaine continuent d’enregistrer des pressions sur les prix liées aux importations alimentaires et énergétiques.
Dans cet espace monétaire, le critère de convergence communautaire fixe un plafond d’inflation à 3 %. Avec un taux largement inférieur à ce seuil, le Togo se positionne parmi les économies les plus stables de l’Union. L’Indice harmonisé des prix à la consommation, principal baromètre du coût de la vie, s’est établi à 102,2 en décembre 2025, quasiment identique au niveau observé un an plus tôt. Cette stagnation traduit une stabilisation progressive des prix après plusieurs années de volatilité mondiale.
L’agriculture, véritable amortisseur social
Au Togo comme dans la majorité des économies ouest-africaines, l’alimentation représente la part dominante des dépenses des ménages. Toute variation des prix agricoles influence directement le ressenti économique des populations. Les données nationales indiquent qu’en 2025, la catégorie « produits alimentaires et boissons non alcoolisées » a enregistré une baisse d’environ 2 % sur un an. Cette évolution s’explique principalement par la progression continue de la production agricole nationale.
La campagne agricole 2024-2025 a permis d’atteindre environ 1,53 million de tonnes de production céréalière, confirmant une tendance haussière observée depuis plusieurs années. Entre 2020 et 2024, la production agricole a progressé de 15 % pour les céréales, 13 % pour les légumes et 31 % pour les légumineuses. Selon la Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’augmentation de l’offre locale demeure le facteur le plus efficace pour contenir l’inflation alimentaire dans les économies dépendantes des importations. L’agriculture représente aujourd’hui près de 20 % du PIB togolais et mobilise environ deux tiers de la population active, faisant du secteur rural un pilier central de la stabilité sociale et économique.
L’investissement public comme levier indirect du pouvoir d’achat
Au-delà de la production alimentaire, la stabilisation du panier de la ménagère repose également sur les choix budgétaires de l’État. En 2025, le gouvernement togolais a engagé plus de 540 milliards de FCFA d’investissements publics, orientés vers les infrastructures routières, énergétiques, agricoles et industrielles. Ces dépenses agissent indirectement sur le coût de la vie en améliorant la logistique intérieure, réduisant les coûts de transport des marchandises et stimulant l’emploi.
Les analyses de la Banque mondiale montrent que dans les économies africaines, chaque amélioration des infrastructures de transport peut réduire de 10 à 30 % les coûts de distribution alimentaire. Ainsi, la stabilité observée sur les marchés togolais résulte autant de politiques structurelles que de mécanismes conjoncturels.
L’énergie, dernier point de tension du budget des ménages
Malgré cette amélioration globale, certaines pressions persistent, notamment sur les dépenses énergétiques. En 2025, la division « logement, eau, électricité, gaz et combustibles » a enregistré une hausse annuelle d’environ 9,4 %, reflet direct de la volatilité des marchés internationaux de l’énergie.
Face à cette situation, l’État maintient une politique active de soutien au gaz domestique. Le budget 2026 prévoit 8,75 milliards de FCFA de subventions au gaz butane, contre 9,6 milliards l’année précédente. Cette stratégie vise à limiter le recours au charbon de bois et à préserver simultanément le pouvoir d’achat et les ressources forestières nationales.
Selon les analyses énergétiques de la Agence internationale de l’énergie, les subventions ciblées restent un outil fréquent dans les économies émergentes pour amortir les chocs énergétiques sans provoquer d’instabilité sociale majeure.
Une perception sociale encore contrastée
Si les indicateurs macroéconomiques traduisent une amélioration réelle, la perception du bien-être économique demeure plus nuancée. Le panier de la ménagère ne dépend pas uniquement de l’inflation globale, mais aussi des revenus disponibles, de l’emploi urbain et des inégalités territoriales.
Les économistes rappellent que la baisse de l’inflation ralentit la hausse des prix mais ne signifie pas nécessairement leur diminution absolue. Autrement dit, les ménages ressentent parfois un décalage entre les statistiques officielles et leur expérience quotidienne. Cette réalité est observable dans plusieurs économies africaines où la stabilisation macroéconomique précède souvent l’amélioration perceptible du niveau de vie.
Pourquoi est-ce important ?
La stabilisation du panier de la ménagère au Togo dépasse le simple cadre national. Elle constitue un signal économique majeur pour l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest, confrontée depuis plusieurs années à une inflation alimentaire persistante. Dans l’espace UEMOA, plusieurs pays multiplient désormais les stratégies similaires : intensification agricole au Sénégal, politiques de subvention énergétique en Côte d’Ivoire, programmes de souveraineté alimentaire au Bénin ou au Burkina Faso. L’objectif commun reste identique : réduire la dépendance extérieure et protéger le pouvoir d’achat des populations.
Le cas togolais illustre une tendance régionale émergente où la maîtrise de l’inflation repose sur trois piliers complémentaires : production locale renforcée, investissement public structurant et politiques sociales ciblées. À long terme, la stabilité du coût de la vie devient un facteur déterminant d’attractivité économique. Elle influence la consommation intérieure, la confiance des investisseurs et la résilience sociale face aux crises internationales. Autrement dit, derrière la question apparemment simple du panier de la ménagère se joue en réalité l’un des enjeux majeurs du développement ouest-africain : la capacité des États à transformer la croissance économique en amélioration tangible du quotidien des citoyens.