Le Nigeria face à sa dépendance pétrolière : la NNPC mise sur un partenaire chinois pour relancer ses raffineries
Les points clés :
La NNPC négocie avec une grande entreprise chinoise pour relancer l’une de ses raffineries industrielles après des années d’échecs coûteux.
Les installations de Port Harcourt, Warri et Kaduna, totalisant 445 000 barils par jour de capacité, ont été sous-utilisées ou à l’arrêt malgré des milliards investis.
Cette stratégie s’inscrit dans une réforme plus large visant à réduire les importations de carburants et à assurer la rentabilité durable du secteur pétrolier nigérian.
Depuis Abuja et le Nigeria International Energy Summit (NIES) 2026, la Nigerian National Petroleum Company (NNPC) a fait une annonce qui pourrait marquer un tournant pour le secteur énergétique du pays. Le directeur général de la société publique, Bashir Ojulari, a confirmé que des discussions avancées sont en cours avec une entreprise chinoise, réputée pour exploiter l’un des plus grands complexes pétrochimiques en Chine, pour relancer l’exploitation d’une des raffineries nigérianes les plus emblématiques.
La démarche de la NNPC traduit une rupture avec des décennies de tentatives infructueuses de restaurer la capacité locale de raffinage. Malgré des décennies d’efforts, ces installations ont été chroniquement sous-performantes, coûteuses et incapables d’atteindre des niveaux opérationnels significatifs. Une revue interne menée après l’arrivée d’Ojulari en 2025 a montré que les raffineries avaient accumulé de lourdes pertes en raison de coûts de fonctionnement élevés, de dépendance aux sous-traitants et de faibles volumes traités, obligeant le pays à recourir massivement à l’importation de carburants.
La NNPC possède quatre raffineries publiques, principalement celles de Port Harcourt, Warri et Kaduna, qui totalisent environ 445 000 barils par jour de capacité nominale. Ces installations, construites entre les années 1960 et 1980, n’ont pas été en mesure de fonctionner à plein rendement depuis longtemps, malgré des investissements publics considérables et des programmes de remise en état. Au fil des années, l’État nigérian a dépensé des sommes colossales dans des projets de réhabilitation et de maintenance sans résultats durables, selon plusieurs rapports critiques du secteur.
La proposition actuelle envisage non pas la vente pure et simple des raffineries, mais plutôt l’entrée de partenaires industriels qualifiés en tant qu’actionnaires et opérateurs expérimentés. Dans ce modèle, la NNPC conserverait une participation minoritaire, tandis que les partenaires apporteraient des capitaux, du savoir-faire opérationnel et de l’expertise technique internationale pour remettre ces actifs en service et les rendre rentables.
Cette orientation stratégique est renforcée par une revue technique et commerciale initiée en octobre 2025, visant à évaluer la viabilité opérationnelle et financière de ces sites avant de finaliser les accords de partenariat. Par cette approche, la NNPC cherche à sortir de décennies de gestion inefficace où des réparations répétées et des contrats de sous-traitance n’ont jamais permis d’atteindre une production soutenue.
Le contexte nigérian actuel ne peut être pleinement compris sans rappeler l’impact du Dangote Refinery, une raffinerie privée à grande échelle (650 000 barils par jour), qui a été mise en service récemment et offre un répit temporaire pour l’approvisionnement domestique. Bien que cette installation de Dangote ait contribué à réduire les pénuries, sa présence ne dispense pas l’État nigérian de la nécessité de restaurer ses propres capacités industrielles publiques.
Cette dépendance aux importations de produits raffinés a de profondes répercussions économiques. Le Nigeria, malgré son statut de premier producteur africain de pétrole brut, demeure un importateur net de carburants, exposant ainsi l’économie à la volatilité des prix internationaux et à des tensions sur l’approvisionnement. La restauration des raffineries publiques pourrait atténuer ces vulnérabilités, réduire la pression sur les réserves de change et soutenir une forme d’indépendance énergétique nationale.
Cependant, la relance de ces installations publiques ne se fera pas sans défis. Outre les questions techniques, l’environnement politique et économique nigérian reste complexe. À court terme, la hausse de taxes sur les carburants importés, proposée pour soutenir la réforme, pourrait générer des pressions inflationnistes et sociales, affectant notamment les consommateurs déjà sensibles aux fluctuations des prix de l’énergie.
Du côté du marché, l’intérêt d’une société chinoise pour s’engager dans cette transformation illustre la rôle croissant des investisseurs asiatiques dans les infrastructures énergétiques africaines, une tendance qui se manifeste aussi dans des secteurs comme le raffinage, la pétrochimie et les énergies renouvelables. Ce mouvement s’inscrit dans un contexte global de redéploiement des capitaux vers des actifs productifs et une coopération Sud-Sud renforcée, malgré les défis géopolitiques et économiques qui entourent ces relations.
Au cœur de la stratégie de la NNPC se trouvent trois éléments essentiels visant à garantir que les raffineries redeviennent des actifs viables : le financement adéquat, un contrat EPC compétent (ingénierie, approvisionnement, construction) et la capacité opérationnelle de classe mondiale fournie par des partenaires externes qualifiés.
Pourquoi est-ce important ?
Le redémarrage des raffineries publiques nigérianes dépasse le simple enjeu énergétique : il s’agit d’un pivot stratégique pour l’économie la plus peuplée d’Afrique. La dépendance du pays aux carburants importés a pesé lourdement sur ses finances publiques, ses réserves en devises et sa balance commerciale. En réhabilitant ses raffineries via des partenariats internationaux, le Nigeria ambitionne de renforcer sa sécurité énergétique, d’attirer des investissements étrangers de qualité, et de stimuler la croissance industrielle locale.
La transformation structurelle du secteur énergétique nigérian a également des implications régionales. En réduisant la dépendance aux importations de produits raffinés, Abuja pourrait devenir un fournisseur net de produits pétroliers raffinés pour l’Afrique de l’Ouest, dynamisant ainsi les échanges intra-régionaux et diminuant la vulnérabilité aux chocs externes. Enfin, l’entrée de partenaires industriels internationaux expérimentés pourrait servir de catalyseur pour moderniser d’autres segments du secteur pétrolier et stimuler l’essor des technologies et compétences locales.
En somme, la progression de ces négociations entre la NNPC et un partenaire chinois pourrait marquer le début d’une nouvelle ère pour le raffinage en Afrique, alliant performance opérationnelle, durabilité et intégration économique accrue sur les marchés mondiaux.