Axe Lomé-Cotonou : le projet PRIMA pour accroître de 30 % leurs échanges agricoles transfrontaliers
14 juillet 2026

Axe Lomé-Cotonou : le projet PRIMA pour accroître de 30 % leurs échanges agricoles transfrontaliers

Par Timothée Adjogla
  • Le Togo et le Bénin unissent leurs forces à travers le programme PRIMA pour propulser de 30 % leurs échanges agricoles transfrontaliers.

  • Les acteurs des couloirs routiers se mobilisent pour démanteler les goulots d'étranglement logistiques et sécuritaires qui pénalisent les producteurs.

  • Financé par le FIDA, ce plan de modernisation intègre la réhabilitation des pistes rurales et la construction d'infrastructures de stockage stratégiques.


Le long des corridors commerciaux qui relient le Togo et le Bénin, la fluidification des échanges de denrées alimentaires est devenue une priorité gémellaire absolue. Réunis successivement à Djougou et Dassa-Zoumé au Bénin, puis à Atakpamé au Togo, les Cadres de concertation corridor ont franchi une étape décisive dans le déploiement du Programme régional d'intégration des marchés agricoles. Ce projet d'envergure, soutenu par le bras financier des Nations Unies pour le monde rural, s'est fixé un cap particulièrement ambitieux : doper de près d'un tiers les flux commerciaux de produits agricoles, pastoraux et halieutiques entre les deux pays frères d’Afrique de l'Ouest.

Pour transformer cette ambition politique en réalité quotidienne pour les acteurs de terrain, la méthode repose sur une concertation globale inédite. Les récentes tables rondes ont ainsi mis face à face des corporations qui se croisent souvent mais se concertent peu : paysans, grossistes, transporteurs routiers, douaniers, forces de sécurité et délégués de l’Agence régionale pour l'agriculture et l'alimentation. L'enjeu majeur de ces rencontres pilotées par les administrations des deux États consiste à recenser et à neutraliser de manière systématique les tracasseries douanières, les contrôles routiers intempestifs et les barrières non tarifaires qui ralentissent les cargaisons de vivres et gonflent artificiellement les prix sur les marchés urbains.

Sur le plan technique, la riposte contre la cherté des transports et le gaspillage alimentaire s'appuie sur de lourds investissements structurels. Parallèlement au dialogue réglementaire, le programme PRIMA déploie sur le terrain des chantiers de désenclavement très attendus. Au Togo, cela se traduit par l'aménagement accéléré de nouvelles Zones d'aménagement agricole planifiées, la construction de magasins de stockage modernes et la réfection de pistes rurales de desserte. Ces chantiers physiques constituent la clé de voûte de la stratégie : ils permettent de connecter directement les bassins de production aux grands axes routiers régionaux tout en réduisant de manière drastique les pertes après récoltes qui pénalisent traditionnellement les petits exploitants.

Pourquoi est-ce important ?

L'aboutissement des travaux du programme PRIMA revêt une importance capitale pour l'équilibre économique de l'Afrique de l'Ouest. En s'attaquant de front aux barrières physiques et bureaucratiques qui segmentent les marchés togolais et béninois, les deux pays démontrent que l'intégration régionale ne se décrète pas seulement dans les sommets présidentiels, mais qu'elle se construit sur les pistes rurales et aux postes de contrôle douanier. À l'heure où les chaînes d'approvisionnement mondiales restent vulnérables et inflationnistes, la création d'un marché agricole fluide et interconnecté constitue le meilleur bouclier possible pour garantir la sécurité alimentaire de millions de consommateurs.

À long terme, la réussite de ce corridor pilote servira de référence pour l'application concrète de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECaf). Si le Togo et le Bénin parviennent à stabiliser leurs flux de produits périssables, à réduire les coûts logistiques intermédiaires et à sécuriser les revenus de leurs paysans grâce à des infrastructures de conservation de premier ordre, ce modèle d'intégration de proximité pourra être facilement dupliqué à l'échelle de toute la sous-région. L'enjeu ultime est d'offrir une bouffée d'oxygène durable à l'entrepreneuriat agricole des jeunes et des femmes, qui représentent la majorité de la main-d'œuvre de cette économie rurale en pleine mutation.

Article précédent

Le Togo lance un projet pour intégrer ses 50 langu...

Laisser un commentaire

Commentaires (0)

Recevez toutes les newsletters

Ne vous inquiétez pas, nous n'allons pas faire de spam.