Forum de la Banque mondiale sur les fragilités : le Togo mise sur la prévention pour protéger sa croissance
11 juin 2026

Forum de la Banque mondiale sur les fragilités : le Togo mise sur la prévention pour protéger sa croissance

Par Timothée Adjogla

Les points clés :

  • Le Togo a présenté à la Banque mondiale une stratégie fondée sur l’anticipation, la sécurité et la résilience communautaire.
  • Plus de 830 infrastructures socioéconomiques ont été réalisées au profit de plus de 545 000 personnes, principalement des femmes.
  • Face aux menaces sécuritaires qui touchent le Sahel, Lomé défend une approche où le développement économique devient un outil de prévention des crises.

Alors que l’Afrique de l’Ouest demeure confrontée à une montée des fragilités sécuritaires et à l’expansion des groupes armés dans la bande sahélienne, le Togo cherche à faire entendre une voix singulière sur la scène internationale. À l’occasion du Forum 2026 de la Banque mondiale sur les fragilités, tenu le 9 juin autour du thème « Soutenir la prévention dans les pays à risque : leçons tirées du Sahel », le pays a présenté sa stratégie de résilience fondée sur une conviction forte : la sécurité durable ne peut être obtenue uniquement par les armes, mais aussi par l’investissement dans le développement humain et économique.

Représenté par Sandra Ablamba Johnson, ministre, secrétaire générale de la Présidence du Conseil, le Togo a exposé devant des responsables internationaux, experts du développement et décideurs politiques, une approche qui combine réponse sécuritaire, anticipation des risques et investissements socioéconomiques dans les territoires vulnérables. Cette vision intervient dans un contexte régional particulièrement complexe. Selon la Banque mondiale, les pays touchés par la fragilité, les conflits et la violence concentrent désormais plus de la moitié de la population mondiale vivant dans l’extrême pauvreté, une situation qui menace les progrès réalisés depuis plusieurs décennies en matière de développement.

Le Sahel, épicentre des nouvelles fragilités africaines

La thématique retenue par la Banque mondiale n’est pas anodine. Le Sahel est devenu l’une des régions les plus instables du monde. Les crises sécuritaires qui touchent le Burkina Faso, le Mali et le Niger exercent une pression croissante sur les pays côtiers du Golfe de Guinée, dont le Togo. Les institutions internationales considèrent désormais que la prévention constitue l’un des leviers les plus rentables pour éviter l’enracinement des conflits. Lors du Forum 2026, plusieurs intervenants ont insisté sur le fait qu’investir avant l’apparition des crises coûte beaucoup moins cher que financer leur gestion après leur déclenchement.

Cette approche rejoint les orientations de la nouvelle stratégie de la Banque mondiale pour les zones fragiles, qui met l’accent sur l’anticipation des risques, la création d’emplois, l’amélioration des infrastructures et le renforcement des institutions locales. Pour le Togo, cette réalité n’est plus théorique. Depuis plusieurs années, le pays fait face à des risques sécuritaires dans sa région septentrionale, conséquence directe de l’instabilité qui affecte le Sahel central.

Le modèle togolais : sécurité et développement économique dans une même stratégie

Devant les participants du Forum, Sandra Johnson a défendu ce qu’elle a présenté comme une réponse intégrée reposant sur trois piliers complémentaires. Le premier consiste à anticiper les menaces grâce à des systèmes d’alerte précoce et une coordination interministérielle renforcée. Le deuxième repose sur la protection des populations par les forces de défense et de sécurité. Le troisième pilier vise à renforcer la résilience économique et sociale des communautés locales à travers des programmes de développement ciblés.

« La prévention est aujourd’hui l’investissement le plus rentable pour préserver durablement la paix, la stabilité et le développement », a-t-elle déclaré.

Cette philosophie traduit une évolution importante des politiques publiques dans la région. Longtemps, les réponses aux menaces sécuritaires ont principalement privilégié les approches militaires. Désormais, plusieurs États ouest-africains considèrent que la réduction de la pauvreté, l’accès aux services sociaux et la création d’opportunités économiques constituent également des outils essentiels de stabilisation.

Plus de 830 infrastructures réalisées dans les zones vulnérables

L’un des éléments les plus marquants présentés lors du Forum concerne les investissements réalisés dans les communautés exposées aux risques sécuritaires. Selon les autorités togolaises, plus de 830 infrastructures communautaires ont été construites au bénéfice de plus de 545 000 personnes, principalement des femmes. Ces réalisations concernent plusieurs secteurs stratégiques tels que l’éducation, la santé, l’accès à l’eau potable et l’énergie.

Derrière ces chiffres se dessine une logique économique claire. En améliorant l’accès aux services de base dans les zones vulnérables, le gouvernement cherche à réduire les facteurs susceptibles d’alimenter les frustrations sociales, les déplacements de populations ou le recrutement par les groupes extrémistes. Cette approche rejoint les analyses de la Banque mondiale selon lesquelles les investissements dans les infrastructures, les services publics et les opportunités économiques constituent des facteurs déterminants de résilience dans les contextes fragiles.

Le Programme d’urgence pour la région des Savanes, un laboratoire de résilience

Au cœur de cette stratégie figure notamment le Programme d’urgence pour la région des Savanes (PURS), devenu l’un des principaux instruments de prévention des fragilités au Togo. Cette région frontalière du Burkina Faso concentre depuis plusieurs années une attention particulière des pouvoirs publics en raison des risques sécuritaires liés à la situation sahélienne.

Le programme vise à améliorer rapidement les conditions de vie des populations à travers la construction d’écoles, de centres de santé, de forages, de pistes rurales et d’infrastructures énergétiques. L’objectif est double : répondre aux besoins immédiats des populations tout en créant un environnement favorable à l’activité économique locale. Cette démarche rejoint les enseignements tirés par plusieurs institutions internationales dans les zones fragiles. Lors du Forum, de nombreux experts ont souligné que les inégalités territoriales et le manque d’infrastructures constituent souvent des facteurs favorisant l’instabilité.

Quand la sécurité devient un enjeu économique

Au-delà des considérations militaires, la stratégie togolaise possède une forte dimension économique. Les investisseurs internationaux accordent une importance croissante aux indicateurs de stabilité politique et sécuritaire avant de prendre des décisions d’investissement. Dans un contexte où le Togo ambitionne de renforcer son attractivité logistique, industrielle et commerciale à travers le Port autonome de Lomé, la Plateforme industrielle d’Adétikopé (PIA) et divers projets d’infrastructures, la préservation d’un environnement stable devient un avantage compétitif majeur.

La prévention des fragilités apparaît ainsi comme un investissement économique à long terme. Chaque école construite, chaque centre de santé ouvert ou chaque projet communautaire financé contribue indirectement à renforcer le climat des affaires et la confiance des investisseurs.

Pourquoi est-ce important ?

L’intervention du Togo au Forum 2026 de la Banque mondiale dépasse le simple exercice diplomatique. Elle illustre une transformation profonde de la manière dont les États africains abordent les questions de sécurité et de développement. Face à l’instabilité persistante du Sahel, de plus en plus de gouvernements comprennent que la lutte contre les fragilités ne peut se limiter à une réponse militaire. Les infrastructures sociales, l’accès à l’éducation, la création d’emplois et la réduction des inégalités territoriales deviennent des outils stratégiques de prévention des crises.

Pour le Togo, cette approche vise à protéger les acquis économiques obtenus ces dernières années tout en renforçant la cohésion sociale dans les régions les plus exposées. Pour l’Afrique de l’Ouest, elle pourrait constituer un modèle intéressant de résilience territoriale à un moment où la région cherche de nouvelles réponses aux défis sécuritaires. À l’heure où la Banque mondiale prépare une nouvelle génération de stratégies pour les États fragiles, l’expérience togolaise pourrait ainsi alimenter les réflexions régionales sur le lien de plus en plus étroit entre sécurité, développement humain et croissance économique durable.

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