Médias, climat et économie verte : à Lomé, un plaidoyer pour faire de l’information un moteur de transformation durable
15 avril 2026

Médias, climat et économie verte : à Lomé, un plaidoyer pour faire de l’information un moteur de transformation durable

Par Timothée Adjogla

Les points clés :

  • Le journalisme environnemental s’impose comme un levier stratégique face aux défis climatiques.
  • La valorisation des solutions locales africaines devient un enjeu économique et politique majeur.
  • La collaboration entre chercheurs et médias apparaît comme un maillon clé pour accélérer la transition écologique.

 

 

 

À Lomé, la question environnementale a pris une dimension nouvelle, à la croisée de la science, de la communication et de l’économie. Le 9 avril 2026, à l’Université de Lomé, une table ronde consacrée à la « Contribution des médias à la protection de l’environnement et à la défense de la justice climatique » a réuni chercheurs, journalistes et acteurs institutionnels autour d’un enjeu désormais central : faire de l’information un instrument d’action face à la crise climatique.

 

Invité de cette rencontre, Hector Sann’do Nammangue, Directeur général de Vert Togo, a posé les bases d’une réflexion qui dépasse largement le cadre académique. Son intervention s’inscrit dans un contexte où l’Afrique, bien que faiblement responsable des émissions mondiales de gaz à effet de serre, reste l’une des régions les plus exposées aux impacts du changement climatique.

 

 

 

 

Le journalisme environnemental, nouveau pilier de l’économie de la transition

 

 

Derrière les échanges de cette table ronde se dessine une réalité économique profonde : l’information climatique est devenue un actif stratégique. À mesure que les politiques publiques s’orientent vers la transition écologique, la capacité à produire, diffuser et vulgariser une information fiable et accessible devient un facteur déterminant.

 

Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, les coûts économiques du changement climatique pourraient atteindre plusieurs points de PIB pour les économies vulnérables si aucune action significative n’est engagée.

 

 

Dans ce contexte, le rôle des médias évolue. Il ne s’agit plus seulement de relayer des informations, mais d’accompagner les transformations économiques en cours. Comme l’a souligné Hector Sann’do Nammangue, le journalisme environnemental doit devenir « un levier de transformation », capable d’influencer les comportements, d’orienter les politiques publiques et de stimuler l’innovation.

 

 

 

 

Une économie verte encore sous-exploitée en Afrique de l’Ouest

 

 

L’appel à valoriser les initiatives locales résonne avec les analyses de plusieurs institutions internationales. La Banque africaine de développement estime que la transition vers une économie verte pourrait générer des millions d’emplois sur le continent, notamment dans les secteurs de l’agriculture durable, des énergies renouvelables et de la gestion des ressources naturelles.

 

 

Pourtant, cette opportunité reste encore largement sous-exploitée. En Afrique de l’Ouest, les investissements dans les secteurs verts demeurent insuffisants, en raison notamment d’un déficit d’information accessible, d’un manque de visibilité des initiatives locales et d’une faible structuration des chaînes de valeur.

 

C’est précisément sur ce point que les médias peuvent jouer un rôle déterminant. En mettant en lumière les solutions africaines, ils contribuent à attirer les financements, à renforcer la confiance des investisseurs et à structurer un narratif économique positif autour de la transition écologique.

 

 

 

 

Le défi de la vulgarisation scientifique : un enjeu économique

 

 

L’un des messages forts de cette rencontre concerne la relation entre le monde académique et les médias. Le constat est clair : une grande partie des connaissances scientifiques reste inaccessible au grand public en raison de leur complexité.

 

Selon l’Organisation des Nations unies, l’accès à une information claire et fiable est un élément clé de la résilience des populations face aux changements climatiques.

 

Dans cette perspective, l’appel lancé aux chercheurs pour rendre leurs travaux plus accessibles revêt une importance stratégique. Transformer des données techniques en contenus compréhensibles permet non seulement d’informer, mais aussi de créer les conditions d’un changement de comportement à grande échelle.

 

Cette dynamique s’inscrit dans une logique économique plus large : celle de l’économie de la connaissance, où la diffusion de l’information devient un facteur de croissance et de développement.

 

 

 

 

Médias et justice climatique : un enjeu de gouvernance

 

 

Au-delà des considérations économiques, la question de la justice climatique occupe une place centrale dans les débats. L’Afrique, responsable de moins de 4 % des émissions mondiales de CO₂ selon le Programme des Nations unies pour l’environnement, subit pourtant de plein fouet les conséquences du dérèglement climatique.

 

Cette situation soulève des enjeux de gouvernance globale et de répartition des responsabilités. Dans ce contexte, les médias jouent un rôle crucial en portant la voix des pays africains sur la scène internationale et en contribuant à structurer le débat public.

 

À Lomé, cette dimension a été largement évoquée, notamment à travers la nécessité de construire un discours africain sur le climat, fondé sur les réalités locales et les priorités du continent.

 

 

 

 

Vers une alliance entre médias, chercheurs et acteurs économiques

 

 

La rencontre organisée dans le cadre du colloque scientifique international du Centre d’Études et de Recherches sur les Organisations, la Communication et l’Éducation et du Centre de Recherche sur le Changement Climatique marque une étape importante dans la structuration de cette alliance.

 

Elle met en lumière une convergence d’intérêts entre différents acteurs. Les médias cherchent à produire des contenus pertinents et accessibles, les chercheurs souhaitent valoriser leurs travaux, tandis que les décideurs économiques ont besoin d’informations fiables pour orienter leurs investissements.

 

Cette synergie pourrait constituer un levier puissant pour accélérer la transition écologique en Afrique de l’Ouest, à condition qu’elle soit accompagnée de politiques publiques adaptées et de financements suffisants.

 

 

Pourquoi est-ce important ?

 

 

Ce qui s’est joué à Lomé dépasse le cadre d’un colloque académique. Il s’agit d’un signal fort envoyé à l’ensemble de la région ouest-africaine : la transition écologique ne pourra se faire sans une transformation profonde des systèmes d’information.

 

Dans des économies où l’agriculture, l’énergie et les ressources naturelles occupent une place centrale, la capacité à comprendre et anticiper les enjeux climatiques devient un facteur clé de compétitivité. Les pays qui réussiront à structurer un écosystème efficace entre médias, recherche et décideurs seront mieux armés pour capter les financements internationaux, développer des solutions locales et renforcer leur résilience.

 

Pour l’Afrique de l’Ouest, l’enjeu est donc double. Il s’agit à la fois de répondre à l’urgence climatique et de saisir les opportunités économiques qu’offre la transition verte. Dans cette équation, l’information n’est plus un simple outil de communication : elle devient un levier stratégique de développement.

 

À Lomé, ce constat semble désormais partagé. Reste à savoir si les engagements exprimés se traduiront en actions concrètes, capables de faire du journalisme environnemental un véritable moteur de transformation économique et sociale.

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