Notation : Moody's décerne au Bénin au grade « Ba3 » mais avec réserve
11 août 2026

Notation : Moody's décerne au Bénin au grade « Ba3 » mais avec réserve

Par Timothée Adjogla

Les points clés :

  • Moody's relève la note souveraine du Bénin à « Ba3 » avec perspective stable, saluant la trajectoire de crédibilité impulsée par Romuald Wadagni.

  • La croissance de 8,1 % enregistrée en 2025 et le rebasage du PIB soutiennent la baisse graduelle du ratio d'endettement public.
  • L'agence de notation prévient toutefois que la faible assiette fiscale et la concentration des exportations limitent désormais les marges de progression du pays.

Dix semaines après l'investiture présidentielle de Romuald Wadagni, artisan historique des finances publiques béninoises de 2016 à 2026, les marchés financiers internationaux reçoivent un signal fort. L'agence de notation Moody's a officiellement relevé d'un cran la note souveraine du Bénin, la faisant passer de « B1 » à « Ba3 ». Accompagnée d'un ajustement de la perspective de positive à stable, cette réévaluation s'applique tant aux émetteurs en monnaie locale et devises qu'aux véhicules ad hoc souverains comme Benin Sukuk S.A. Bien que le pays demeure encore trois crans en dessous de la catégorie investissement, cette décision vient sanctionner la rigueur d'un modèle d'endettement capable de résister aux chocs exogènes successifs.

La trajectoire macroéconomique du Bénin impressionne par sa résilience. Après avoir surmonté la pandémie, les tensions géopolitiques mondiales et la fermeture prolongée des frontières avec le Nigeria et le Niger, le pays a enregistré un pic de croissance de 8,1 % en 2025, sa performance la plus élevée depuis plus de trois décennies. Avec une progression annuelle moyenne de 6,6 % observée depuis 2018, Moody's anticipe le maintien d'une dynamique solide comprise entre 6,5 % et 7 % d'ici la fin de la décennie. L'actualisation de l'année de référence des comptes nationaux, portée de 2015 à 2023, a rehaussé le PIB nominal d'environ 25 % à 29 milliards de dollars, ramenant mécaniquement le ratio d'endettement rebasé à 52 % du PIB en 2023, contre 61 % selon l'ancienne méthodologie.

Innovation financière et faiblesses structurelles : la politique du plafond

L'assainissement des finances publiques béninoises repose en grande partie sur une ingénierie financière audacieuse et une gestion proactive de la dette. Le déficit de l'administration centrale est revenu à environ 3 % du PIB en 2025, après avoir atteint 7 % en 2021, sans pour autant sacrifier l'investissement public maintenu à un niveau élevé d'environ 8 % du PIB. Cotonou s'est distingué par sa capacité à diversifier ses sources de financement, illustrée en janvier par l'émission du premier sukuk souverain d'Afrique subsaharienne depuis plus de dix ans, après le succès de son eurobond axé sur les Objectifs de développement durable. Avec un coût moyen pondéré de la dette contenu à 3,4 % fin 2025 et un encours extérieur protégé à 85 % par la parité fixe entre l'euro et le franc CFA, le risque de change demeure maîtrisé.

Cependant, le rapport de Moody's fixe des garde-fous très précis et rappelle que le Bénin s'approche de ses limites structurelles. Malgré une augmentation des recettes fiscales de 2,9 points de PIB depuis 2021, les recettes totales plafonnent à 15,8 % du PIB, soit un niveau bien inférieur à la médiane de 27,2 % observée chez les pairs notés « Ba ». Avec un revenu par habitant mesuré à 4 758 dollars en parité de pouvoir d'achat, soit un cinquième de la médiane du groupe, une forte dépendance au marché nigérian qui absorbe plus de 70 % des exportations et la persistance de risques sécuritaires dans la zone sahélienne, l'agence prévient que toute nouvelle amélioration de la note sera conditionnée à des réformes de fond difficiles à concrétiser à court terme.

Pourquoi est-ce important ?

Le relèvement de la note du Bénin à « Ba3 » valide la crédibilité internationale de la stratégie économique conduite par Romuald Wadagni et confirme que les réformes de gestion de la dette et de rigueur budgétaire portent leurs fruits. Pour les investisseurs, cette décision renforce l'attractivité des titres obligataires béninois sur le marché régional et international, tout en abaissant le coût de l'emprunt pour l'État. Elle démontre qu'une gouvernance rigoureuse et le respect strict des programmes partenaires, comme celui mené avec le FMI, permettent d'instaurer une vraie stabilité macroéconomique.

Cependant, cet avertissement de Moody's souligne que la seule ingénierie financière ne suffira plus à faire franchir un nouveau palier au pays. Pour viser la catégorie investissement à moyen terme, le Bénin devra impérativement élargir son assiette fiscale, diversifier ses partenaires commerciaux au-delà du voisin nigérian et accroître le revenu réel de sa population. Le grand défi du septennat présidentiel sera d'imprimer une transformation structurelle de l'économie capable de traduire ces succès statistiques en retombées sociales et industrielles durables.

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