Climat et financement mondial : l’Afrique reçoit seulement 15% de l’aide d’adaptation malgré une vulnérabilité extrême


Les points clés :

  • Malgré plus de 40 milliards $ par an de financement mondial pour l’adaptation climatique, seulement 15 % sont alloués aux pays à faible revenu, majoritairement africains.

  • Les pays à revenu intermédiaire captent la majeure partie des flux de financement d’adaptation entre 2019 et 2023, au détriment des économies les plus fragiles.

  • Cette répartition illustre une grave incohérence entre vulnérabilité climatique réelle et allocation de l’aide internationale, appelant à une réforme urgente des critères d’attribution.


Dans un contexte où les impacts du changement climatique s’intensifient sur tous les continents et particulièrement en Afrique, les flux de financement international dédiés à l’adaptation climatique ont atteint en moyenne 40,1 milliards de dollars par an entre 2019 et 2023, selon un rapport de la Fondation pour les études et recherches sur le développement international (FERDI). Cette somme regroupe dons, prêts concessionnels et non concessionnels fournis par des institutions internationales et des bailleurs bilatéraux dans l’objectif de soutenir les pays en développement face aux effets déjà enregistrés du dérèglement climatique.

Cependant, derrière ce chiffre apparemment significatif se cache une réalité inquiétante : la répartition de ces ressources reste profondément inégale et déconnectée des besoins réels des populations les plus exposées. En effet, les pays à faible revenu (PFR), dont une très large part est située en Afrique subsaharienne, ont capté à peine 15 % de ces financements d’adaptation sur la période considérée.

Cette faible part représente environ 6 milliards $ par an pour les PFR, quand des pays à revenu intermédiaire reçoivent la part du lion des fonds, notamment à travers des prêts concessionnels ou non concessionnels, souvent assortis de conditions financières et administratives lourdes. Ce déséquilibre traduit une logique d’allocation encore largement basée sur la solvabilité, la capacité à emprunter ou à absorber des prêts, plutôt que sur la vulnérabilité climatique réelle, ce qui marginalise les économies les plus fragiles.

L’Afrique, région déjà confrontée à des phénomènes climatiques extrêmes, sécheresses prolongées, crues soudaines, érosion des sols et insécurité alimentaire, illustre particulièrement cette fracture. Selon d’autres analyses, même lorsque l’on élargit le périmètre géographique à l’ensemble du continent, l’afflux de capitaux dédiés à l’adaptation reste insuffisant : il faudrait des financements quatre à dix fois supérieurs pour répondre aux besoins déclarés dans les contributions nationales (NDCs) des pays africains, estimés à des dizaines de milliards de dollars annuels.

Le problème ne se limite pas à la quantité, mais aussi à la qualité des financements attribués. Une part importante de l’aide prend la forme de prêts, ce qui pose un défi particulier pour les pays les plus pauvres, souvent déjà lourdement endettés. Le recours massif à des instruments qui ne sont pas pleinement concessionnels peut en effet accroître la vulnérabilité budgétaire tout en limitant l’impact concret des projets d’adaptation.

Au plan géographique, les flux les mieux dotés ont été dirigés vers des grandes économies en développement, avec l’Asie dominant les prêts concessionnels et non concessionnels, tandis que l’Afrique et l’Océanie reçoivent plus de dons, mais cela reste une proportion relativement limitée des besoins totaux. Par exemple, en termes d’écoulement moyen par personne, l’Afrique a reçu environ 9,7 $ par habitant et par an, contre 55,5 $ dans certaines régions d’Océanie pour la même période.

Approches régionales et initiatives sectorielles

Cette dynamique globale s’inscrit dans un débat plus large sur la gouvernance et l’efficacité de la finance climatique. Des conférences et initiatives récentes, telles que celles co-organisées par la Banque de France, FERDI et l’Agence Française de Développement, cherchent à repenser le rôle du secteur financier tant public que privé dans la mobilisation de capitaux pour l’adaptation et la résilience. Ces espaces de dialogue mettent en lumière la nécessité de systèmes financiers plus inclusifs et connectés aux besoins locaux, notamment à travers la catalyse de financements privés et l’innovation institutionnelle.

D’autres initiatives multilatérales, comme les fonds soutenus par la Banque européenne d’investissement (BEI) ou l’Africa Finance Corporation, visent à créer des véhicules d’investissement dédiés à des infrastructures climato-résilientes. Toutefois, ces efforts restent encore embryonnaires par rapport à l’ampleur des besoins déclarés par les gouvernements africains eux-mêmes et par les estimations des institutions comme le Global Center on Adaptation.

Pourquoi est-ce important ?

L’Afrique demeure à la fois l’une des régions les plus vulnérables aux impacts du changement climatique et l’une des moins bien servies par les flux de financement d’adaptation. Cette paradoxale combinaison met en évidence une lacune structurelle dans la gouvernance mondiale du financement climatique : les mécanismes actuels ne parviennent pas à corriger l’injustice fondamentale selon laquelle ceux qui souffrent le plus des perturbations climatiques sont ceux qui reçoivent le moins de soutien financier pour y faire face.

Au niveau ouest-africain, l’insuffisance des financements d’adaptation se traduit par des défis majeurs : des systèmes d’irrigation qui ne sont pas modernisés face à la variabilité des précipitations, des infrastructures urbaines exposées aux inondations, et des systèmes de santé qui peinent à intégrer des réponses aux vagues de chaleur ou aux flambées de maladies liées au climat. Ces déficits ont des conséquences économiques directes, allant de pertes agricoles à des déplacements de populations, qui minent la croissance inclusive et exacerbent la pauvreté.

Pour l’économie ouest-africaine et continentale, une redistribution plus équitable de la finance climatique implique non seulement d’augmenter les montants disponibles, mais aussi d’adapter les critères d’allocation vers une logique centrée sur la vulnérabilité réelle et les besoins déclarés dans les plans nationaux d’adaptation. Cela pourrait permettre une meilleure résilience des économies locales face à des chocs climatiques récurrents, renforcer l’agriculture, sécuriser les moyens de subsistance et réduire les coûts sociaux associés au changement climatique.

En outre, l’intégration de financements privés et le renforcement des capacités nationales de gestion des projets climatiques sont essentiels pour maximiser l’impact des ressources disponibles et pour encourager une participation plus large des investisseurs dans des solutions durables. En repensant la finance climatique autour d’une équité structurelle et d’une gouvernance plus inclusive, l’Afrique pourrait transformer les défis imposés par le climat en moteurs de croissance et d’innovation.

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