L’Afrique face à l’IA : un potentiel de 1 000 milliards $ de PIB d’ici 2035, mais des prérequis restent à satisfaire
Les points clés :
Une étude de la Banque africaine de développement (BAD) estime que l’intelligence artificielle pourrait apporter jusqu’à 1 000 milliards $ de PIB additionnel à l’Afrique d’ici 2035.
Les secteurs agricoles, du commerce, de l’industrie, des services financiers et de la santé pourraient capter près de 60 % de ces gains.
Pour que ces bénéfices se réalisent, l’Afrique doit renforcer ses infrastructures numériques, ses compétences et ses cadres réglementaires.
À l’heure où les économies du monde entier cherchent à tirer parti de l’essor de l’intelligence artificielle (IA), l’Afrique se trouve à un carrefour stratégique. Le rapport Africa’s AI Productivity Gain: Pathways to Labour Efficiency, Economic Growth and Inclusive Transformation, publié par la Banque africaine de développement (BAD) le 12 décembre 2025, dresse un état des lieux ambitieux du rôle potentiel de l’IA dans la transformation économique du continent.
Ce rapport, élaboré sous l’égide du G20 Digital Transformation Working Group et réalisé par le cabinet de conseil Bazara Tech, met en avant des projections spectaculaires : jusqu’à 1 000 milliards de dollars de PIB supplémentaire pourraient être générés d’ici 2035 grâce à l’IA. Ce chiffre représente près du tiers du PIB africain actuel, soulignant un potentiel de croissance sans précédent si les conditions d’un déploiement inclusif sont réunies.
L’analyse repose sur plusieurs facteurs structurels propres à l’Afrique. Le continent présente une démographie jeune et dynamique, une capacité numérique en expansion et des réformes en cours dans divers secteurs, autant d’atouts qui peuvent favoriser l’adoption de l’IA dans l’économie réelle.
Le rapport identifie cinq secteurs prioritaires qui pourraient capter l’essentiel de ces gains : l’agriculture, le commerce de gros et de détail, l’industrie manufacturière et l’industrie 4.0, les services financiers et l’inclusion ainsi que la santé et les sciences de la vie. Ensemble, ces domaines pourraient représenter environ 58 % des gains totaux, soit près de 580 milliards $ d’ici 2035.
L’agriculture, secteur fondamental des économies africaines, est projetée pour capter environ 20 % des bénéfices liés à l’IA. Cela implique, par exemple, l’utilisation d’algorithmes pour optimiser les rendements, anticiper les risques climatiques ou encore mieux connecter les producteurs aux marchés.  Dans le commerce, l’intégration d’outils d’IA peut améliorer la gestion des stocks, prédire la demande et rationaliser les chaînes d’approvisionnement, stimulant l’efficacité des PME et des chaînes logistiques régionales.
L’industrie manufacturière et l’“Industrie 4.0” sont également des secteurs clés, où l’automatisation intelligente, la maintenance prédictive et les systèmes de production optimisés pourraient réduire les coûts et augmenter la compétitivité des produits africains. Dans les services financiers, l’IA peut renforcer l’inclusion en facilitant l’accès au crédit, l’évaluation du risque et l’intégration des populations non bancarisées dans l’économie numérique. Enfin, dans la santé et les sciences de la vie, l’IA peut révolutionner la prévention des maladies, la télémédecine et la gestion des systèmes hospitaliers, contribuant à améliorer les résultats sanitaires dans un continent encore fragile sur ce plan.
Cependant, le rapport de la BAD met en garde : ces gains ne sont pas automatiques. Ils dépendent de cinq « facilitateurs interconnectés » : la disponibilité de données fiables et interopérables, des capacités de calcul (infrastructures informatiques) à échelle, des compétences spécialisées, un climat de confiance soutenu par des cadres réglementaires adaptés et des investissements en capital pour soutenir l’innovation.
L’Afrique doit ainsi surmonter des défis considérables si elle veut transformer ce potentiel en réalité. Le manque d’infrastructures numériques robustes, les écarts de compétences en IA, les lacunes réglementaires et les obstacles à l’accès au capital limitent encore l’appropriation de l’IA dans de nombreux États africains. Sans un effort concerté pour combler ces lacunes, l’adoption de l’IA pourrait même accentuer les inégalités, favorisant les économies les plus avancées au détriment des pays les moins prêts.
Des initiatives récentes soulignent toutefois que la dynamique est en train de changer. Par exemple, des investissements importants sont annoncés pour infrastructures d’IA en Afrique, comme l’initiative d’un fonds d’un milliard de dollars par les Émirats arabes unis pour développer l’écosystème de l’IA dans des secteurs comme l’éducation, la santé et l’adaptation climatique.
Pourquoi est-ce important ?
L’étude de la BAD arrive à un moment charnière dans l’histoire économique africaine, où les perspectives de croissance doivent être rivalisées avec des transformations profondes du tissu productif et des compétences humaines. Dans une région où de nombreux États s’efforcent de diversifier leurs économies et de réduire leur dépendance aux matières premières, l’IA représente une opportunité stratégique pour restructurer les modèles économiques.
L’impact potentiel d’un trillion de dollars de PIB additionnel d’ici 2035 souligne que l’IA n’est plus une technologie émergente réservée aux économies avancées, mais un levier de croissance inclusif capable de transformer l’Afrique si les conditions adéquates sont réunies. La concentration des gains dans des secteurs comme l’agriculture, le commerce et les services financiers met en lumière la capacité de l’IA à influencer directement des domaines essentiels pour les populations africaines.
Pour l’économie ouest-africaine en particulier, où des pays comme le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Sénégal ou le Togo cherchent à accélérer leur transformation numérique, le rapport sert de feuille de route : il met en avant les priorités d’investissement, les compétences à développer et les structures à renforcer pour maximiser l’impact de l’IA.
L’enjeu ne se limite pas à la croissance du PIB. Il inclut la création d’emplois de qualité, la modernisation des services publics, l’amélioration de l’inclusion financière et la résilience des systèmes de santé, autant de facteurs clés pour atteindre les objectifs de développement durable (ODD) et renforcer la compétitivité régionale.
Enfin, le rapport met en exergue que l’adoption inclusive de l’IA peut être un moteur d’intégration économique régionale, en facilitant la coopération transfrontalière dans des domaines tels que les données, la régulation et la recherche. Ainsi, au-delà des frontières nationales, l’IA pourrait devenir un catalyseur de croissance continentale harmonisée, capable de réduire les écarts structurels et de positionner l’Afrique comme un acteur clé dans l’économie numérique mondiale.