Diaspora économique : une table ronde à Lomé pour mobiliser talents, capitaux et partenariats pour l’Afrique
Les points clés :
La Table Ronde Économique des Diasporas, tenue au Palais des congrès de Lomé du 9 au 12 décembre 2025, a réuni diasporas togolaise, africaine et afrodescendante pour repenser leur rôle dans le développement économique du continent.
Au-delà des simples envois de fonds, l’événement a souligné l’importance des investissements productifs, des obligations financières innovantes et de la mobilisation de compétences stratégiques.
Organisée en marge du 9ᵉ Congrès panafricain, cette plate-forme a exploré des leviers concrets comme les diaspora bonds, le financement participatif et la création de chaînes de valeur mobilisatrices.
Dans une Afrique en pleine mutation, le rôle de la diaspora dépasse désormais le cadre traditionnel des transferts de fonds privés vers les familles. Historiquement, ces remises ont constitué l’un des piliers du financement des économies africaines : selon la Banque mondiale, les envois de fonds des diasporas africaines vers le continent ont dépassé 90 milliards de dollars en 2024, plaçant l’Afrique parmi les régions les plus dépendantes de cette source de financement privé externe. (Banque mondiale – Migration and Development Brief 36). En dépit de cette contribution significative, les responsables politiques et économiques estiment que ces flux sont encore trop souvent orientés vers la consommation plutôt que vers des investissements productifs tels que l’entrepreneuriat, l’innovation technologique ou les projets d’infrastructure durable.
C’est dans ce contexte que Lomé a accueilli du 9 au 12 décembre 2025 la Table Ronde Économique des Diasporas, un événement d’envergure internationale organisé conjointement par le Togo, l’Union africaine, la Banque africaine de développement (BAD) et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Cette initiative s’est déroulée en marge du 9ᵉ Congrès panafricain, qui a rassemblé près de 1 000 délégués, y compris des ministres, des diplomates, des experts, des représentants de communautés afrodescendantes et de la diaspora africaine.
Le thème inaugural, « Regards croisés sur la diaspora : de migrants à partenaires stratégiques pour le développement des pays d’origine », met en exergue un changement de paradigme : ne plus considérer la diaspora comme une simple source de devises par remises, mais comme un partenaire stratégique pour catalyser l’investissement et la valeur économique au sein des économies africaines. Les discussions ont particulièrement mis l’accent sur trois leviers principaux. D’une part, la contribution multisectorielle de la diaspora, qui inclut le transfert de capitaux vers des secteurs productifs comme les technologies, l’agro-industrie ou l’énergie renouvelable. D’autre part, la notion de mobilité circulaire, qui valorise l’expertise des diasporas en transformant les phénomènes classiques de brain drain en avantages circulaires de compétences et d’innovation. Enfin, les panels ont mis en débat des outils financiers innovants notamment les diaspora bonds (obligations émises spécifiquement auprès des citoyens de la diaspora) et le financement participatif, qui pourraient mobiliser entre 5 et 10 milliards de dollars par an si ces instruments sont intégrés aux stratégies financières nationales des pays africains.
L’événement a aussi adopté une approche très pratique, avec des sessions B2B pour faciliter les rencontres directes entre investisseurs issus de la diaspora et promoteurs de projets nationaux. Selon les données officielles, la diaspora togolaise représentait environ 1 million de personnes en 2022, dont les envois de fonds ont atteint près de 405 milliards de francs CFA, soit une progression de 16,7 % par rapport à l’année précédente. La majorité de ces fonds était traditionnellement dirigée vers dépenses courantes et immobilier, mais le gouvernement a clairement indiqué sa volonté de réorienter une partie significative de ces flux vers des investissements structurants et générateurs d’emplois.
Les discussions ont également abordé la nécessité de produits financiers adaptés aux réalités des diasporas, y compris des mécanismes de garantie, des incitations fiscales et des instruments de financement hybrides qui tirent parti des réseaux financiers internationaux et des plateformes numériques. Ce focus sur l’innovation financière est essentiel dans un contexte où de nombreux pays africains cherchent à attirer des investissements privés pour combler les lacunes d’infrastructures et stimuler la croissance économique.
La présence d’organisations continentales, dont l’Union africaine, a permis d’inscrire ces débats dans une perspective panafricaine plus large, en phase avec les priorités stratégiques définies par l’Agenda 2063 de l’UA qui vise à exploiter le potentiel des diasporas pour accélérer l’intégration et le développement économique du continent. (Union africaine – Agenda 2063).
Pourquoi est-ce important ?
L’impact potentiel de l’engagement structuré des diasporas sur les économies ouest-africaines et africaines en général est profond. Traditionnellement, les transferts personnels depuis la diaspora ont représenté une source majeure de devises pour de nombreux pays africains, dépassant parfois l’aide publique au développement. Cependant, ces remises ont souvent été utilisées pour la consommation courante, limitant leur contribution à des investissements productifs durables. La Table Ronde Économique des Diasporas de Lomé constitue une tentative stratégique de réorienter ces flux vers des usages plus structurants, en intégrant la diaspora dès la conception des politiques d’investissement et des plateformes financières.
En encourageant l’utilisation d’instruments financiers sophistiqués comme les diaspora bonds, les pays africains peuvent accéder à des capitaux à coût compétitif pour financer des projets d’infrastructures, des startups technologiques et des initiatives d’énergie renouvelable contribuant ainsi à la création d’emplois, à la croissance inclusive et à la diversification économique. Par ailleurs, la transformation de la diaspora en partenaire stratégique plutôt qu’en simple expéditeur de fonds permet de renforcer la coopération transfrontalière, de partager des compétences spécialisées et de développer des réseaux d’affaires interconnectés qui facilitent l’accès aux marchés internationaux pour les entreprises africaines.
Enfin, cet événement illustre une volonté politique croissante de reconnaître et de valoriser l’apport des diasporas comme moteur de croissance, capable d’attirer des investissements directs étrangers, de soutenir l’innovation et d’offrir un relais important pour les réformes structurelles nécessaires à renforcer la compétitivité économique des pays d’Afrique de l’Ouest et du continent entier.