Le Burkina Faso en route vers l’industrialisation verte : bientôt les premiers véhicules électriques “made in Burkina”

Les points clés :

  • Le Burkina Faso inaugure une usine d’assemblage de véhicules et motos électriques, renforçant sa transition industrielle.

  • Le projet associe une start-up locale, ITAOUA Motors SA, et le Fonds Burkinabè de Développement Économique et Social (FBDES).

  • Cette initiative vise à créer des emplois, réduire les importations et promouvoir une mobilité durable.


À Tanghin-Dassouri, à quelques kilomètres de Ouagadougou, l’économie burkinabè s’apprête à franchir une étape majeure dans son histoire industrielle et énergétique. Une usine d’assemblage de véhicules et motos électriques est en voie d’achèvement, fruit d’un partenariat entre ITAOUA Motors SA, jeune entreprise locale, et le Fonds Burkinabè de Développement Économique et Social (FBDES), structure publique de financement du développement. Ce projet, qui s’inscrit dans une dynamique d’industrialisation et de transition écologique, vise à produire sur place des véhicules électriques adaptés aux réalités africaines et à renforcer l’autonomie technologique du pays.

La contribution du FBDES au projet s’élève à plusieurs milliards de francs CFA, avec une part significative du capital social détenue par le fonds, ce qui illustre l’implication directe de l’État dans cette initiative industrielle. L’objectif n’est pas seulement de produire des voitures sans combustion fossile, mais aussi de stimuler la création d’emplois locaux, de réduire la dépendance aux importations de véhicules et de promouvoir une mobilité plus moderne et écologique, en phase avec les défis climatiques actuels.

Cette ambition fait écho à une tendance plus large observée sur le continent africain. Le marché des véhicules électriques en Afrique est en pleine croissance, estimé à 11,94 milliards de dollars en 2021 et projeté à plus de 21 milliards de dollars d’ici 2027, avec un taux de croissance annuel composé (CAGR) supérieur à 10 %. Cette dynamique reflète une montée des préoccupations environnementales, mais aussi une opportunité économique pour les pays africains de se positionner sur des segments technologiques porteurs.

Le nom de la marque burkinabè, ITAOUA, symbolise cette ambition. Sa première génération de véhicules comprend des modèles tels que le Sahel et le Native, équipés pour répondre aux besoins du marché local, tout en intégrant des technologies modernes comme une autonomie d’environ 330 kilomètres après une charge rapide de 30 minutes, un critère essentiel pour la viabilité des véhicules électriques en zones urbaines et périurbaines.

La production de ces véhicules est déjà en cours à un certain stade dans la capitale, notamment dans le district de Ouaga 2000, où des ingénieurs burkinabè ont été formés pour maîtriser les processus d’assemblage avec le soutien technique de partenaires internationaux, notamment chinois, ce qui constitue un transfert de compétences stratégique pour la localité. Cette phase d’assemblage locale permet de réduire les coûts et de rapprocher les technologies avancées des besoins du marché ouest-africain.

Les véhicules électriques représentent une réponse directe à plusieurs défis structurels. Ils contribuent à diminuer la dépendance aux combustibles fossiles, qui pèsent lourd sur les dépenses publiques et privées, à réduire les émissions de gaz à effet de serre et à améliorer la qualité de l’air, un enjeu majeur pour les grandes villes africaines. En outre, l’adoption d’une mobilité électrique locale s’accorde avec les engagements internationaux en matière de lutte contre le changement climatique et la transition vers des économies faibles en carbone.

Du point de vue industriel, l’installation de l’usine ITAOUA fait partie d’une stratégie nationale de valorisation des chaînes de valeur locales. Elle s’inscrit dans un contexte où plusieurs secteurs au Burkina Faso, de l’agroalimentaire à l’automobile, cherchent à renforcer la transformation sur place et à réduire les importations. Au cours des derniers mois, des investissements publics et privés de plusieurs dizaines de milliards de FCFA ont été mobilisés pour développer des capacités industrielles nationales dans des domaines variés.

La visite récente du ministre de l’Économie et des Finances, Dr Aboubakar Nacanabo, et de la ministre déléguée chargée du budget sur le site de l’usine témoigne de l’importance politique accordée à ce projet. Ils ont constaté les progrès réalisés dans la mise en place des infrastructures et ont encouragé les promoteurs à poursuivre leurs efforts pour que cette initiative devienne un succès industriel et économique.

Au-delà de l’assemblage de voitures électriques, ITAOUA Motors SA envisage également d’élargir l’offre à des motos électriques, un segment adapté pour les marchés urbains africains où les deux-roues représentent une part significative des déplacements quotidiens. Cette diversification est essentielle pour maximiser l’impact socio-économique du projet dans un pays où les besoins de mobilité abordable sont immenses.

La démarche burkinabè s’inscrit dans une période où plusieurs pays africains explorent activement les opportunités offertes par les technologies propres. Par exemple, l’Afrique du Sud et le Kenya ont mis en œuvre des programmes pilotes pour stimuler la mobilité électrique, bien que l’échelle d’industrialisation demeure limitée comparée à l’initiative burkinabè. Dans ces pays, les défis incluent l’établissement d’une infrastructure de recharge adéquate, la gestion des coûts des batteries et l’accès aux matières premières nécessaires. Cependant, des projections montrent un potentiel important pour les véhicules électriques en Afrique si les politiques publiques encouragent l’investissement et les infrastructures de soutien.

Pourquoi est-ce important ?

Le projet d’usine d’assemblage de véhicules électriques au Burkina Faso constitue une rupture stratégique dans l’histoire industrielle du pays et, plus largement, de l’Afrique de l’Ouest. Dans une région traditionnellement dépendante des importations pour ses besoins en mobilité automobile, la capacité à assembler localement des véhicules modernes représente un pas concret vers l’industrialisation autonome, la création d’emplois qualifiés et la transition énergétique durable.

Sur le plan économique, la production locale de véhicules électriques peut contribuer à réduire la facture d’importation, libérer des ressources pour d’autres secteurs clés et renforcer les compétences techniques nationales. Elle offre des perspectives d’emplois dans la fabrication, la maintenance, la distribution et les services associés à la mobilité électrique.

En matière d’environnement, adopter des transports électriques produits localement alignés avec les potentiels énergétiques renouvelables (comme l’énergie solaire) permet de réduire les émissions de carbone par habitant, un objectif essentiel pour les économies africaines exposées aux impacts du changement climatique.

Enfin, ce projet envoie un signal fort aux investisseurs régionaux et internationaux : l’Afrique ne se contente pas d’être un marché de consommation, elle peut être un acteur de l’innovation technologique. S’il réussit, ce modèle pourrait inspirer des initiatives similaires dans d’autres pays de la sous-région, multipliant les opportunités industrielles et les trajectoires de croissance durable en Afrique.

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