Balance commerciale dans l’UEMOA : la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso tirent vers le vert tandis que le reste de la zone reste vulnérable

Les points clés :

  • La Côte d’Ivoire a enregistré un excédent commercial de près de 970 milliards FCFA au premier semestre 2025.

  • Le Burkina Faso, porté par une flambée des exportations d’or, affiche un excédent substantiel d’environ 790 milliards FCFA.

  • D’autres pays de l’UEMOA restent en déficit, reflétant une forte dépendance aux importations.


Au premier semestre 2025, les balances commerciales des pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) ont dessiné un tableau économique profondément contrasté, révélateur des structures productives et des particularités sectorielles propres à chaque économie. D’un côté, certaines nations, notamment la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, tirent profit de leurs secteurs d’exportation, particulièrement les matières premières, pour afficher des excédents commerciaux importants. De l’autre, plusieurs États membres apparaissent piégés dans des déficits structurels, en grande partie liés à une dépendance persistante aux importations de biens manufacturés et énergétiques.

La Côte d’Ivoire a confirmé son rôle de locomotive commerciale de l’Union au premier semestre 2025, avec un excédent commercial de 970,1 milliards FCFA à fin juin. Ce résultat représente une progression notable par rapport à l’excédent de 397,2 milliards sur la même période un an plus tôt. Les exportations ivoiriennes ont atteint près de 3 900 milliards FCFA, en hausse de 34,5 %, portées par des produits primaires comme l’or brut, l’anacarde, le latex et le cacao, qui continuent de dominer la structure exportatrice. La taux de couverture (mesure de la capacité des exportations à couvrir les importations) s’est élevé à 133,1 %, signe d’une amélioration de la compétitivité extérieure. Cependant, ce dynamisme repose encore largement sur des matières premières non transformées, laissant subsister une certaine vulnérabilité aux chocs de prix internationaux.

Au Burkina Faso, l’accélération des exportations a induit un excédent commercial d’environ 790,6 milliards FCFA au premier semestre 2025, selon les statistiques nationales disponibles. Cette performance spectaculaire est largement attribuée à l’envolée des ventes d’or, dont la valeur a progressé de manière significative sous l’effet de la hausse des cours mondiaux et d’une production soutenue des mines industrielles. En six mois, le pays a exporté pour près de 2 891 milliards FCFA de biens, contre 2 100 milliards FCFA d’importations. Cette dynamique contraste avec les résultats des années précédentes et souligne le rôle central du secteur minier dans la compétitivité extérieure du Burkina.

L’amélioration de la balance commerciale burkinabè est d’autant plus notable qu’elle intervient après plusieurs années de déficit. À fin novembre 2025, le Burkina avait consolidé un excédent commercial de plus de 1 630 milliards FCFA, résultat d’une croissance des exportations largement supérieure à celle des importations.

En revanche, certains pays de l’UEMOA continuent de souffrir de déséquilibres persistants. Le Niger, par exemple, a vu sa balance commerciale se détériorer au deuxième trimestre 2025, revenant en déficit d’environ 28,4 milliards FCFA, en grande partie en raison du recul des exportations de pétrole brut, son principal produit d’exportation, conjugué à une forte augmentation des importations de produits pétroliers.

Le Togo, malgré une certaine diversification de ses exportations, phosphates, produits plastiques et huile de palme raffinée, a maintenu un solde commercial négatif de 237,4 milliards FCFA au deuxième trimestre 2025. Cette situation traduit une base exportatrice encore étroite et une dépendance significative aux importations, notamment de biens d’équipement et de consommation, qui dépassent largement les recettes d’exportation.

Le Bénin se distingue également par des déséquilibres structurels marqués. Avec des exportations limitées à 118,3 milliards FCFA contre près de 489 milliards FCFA d’importations au deuxième trimestre 2025, le déficit commercial béninois s’établit à 370,5 milliards FCFA. La chute des ventes de coton, historiquement un produit exporté clé, et des produits oléagineux accentue cette dépendance aux biens étrangers, notamment alimentaires et engrais, malgré une légère amélioration trimestrielle.

Le Mali présente un autre cas de figure de déséquilibre commercial marqué. Bien que ses exportations aient progressé grâce à l’or et à certains produits agricoles, la croissance plus rapide des importations, dominées par les combustibles et les équipements, a maintenu le pays dans le rouge, avec un déficit estimé à 377 milliards FCFA au deuxième trimestre 2025.

Quant au Sénégal, malgré une amélioration sensible de ses exportations portée notamment par le démarrage des ventes d’huiles brutes de pétrole, d’or et de produits pétroliers, le déficit reste le plus élevé de l’UEMOA, à 728,5 milliards FCFA à fin juin 2025. Ici encore, l’ampleur des importations, en particulier des véhicules, du riz et des hydrocarbures, continue de peser sur le solde extérieur, même si des initiatives récentes ont permis de réduire partiellement cet écart.

Ces divergences reflètent des structures productives contrastées au sein de l’union. Les pays excédentaires partagent une forte spécialisation dans les matières premières ou des secteurs d’exportation dynamiques, tandis que les pays déficitaires sont souvent plus dépendants des importations de biens manufacturés, d’équipements et d’énergies. L’équilibre de la balance commerciale, qui mesure la capacité d’une économie à financer ses achats extérieurs par ses ventes à l’étranger, demeure un indicateur clé de compétitivité et de santé macroéconomique. Un ratio de couverture supérieur à 100 %, comme celui observé en Côte d’Ivoire et au Burkina, traduit une capacité renforcée à financer les importations, alors qu’un ratio inférieur expose les pays à des pressions sur leurs réserves de change et leurs déficits budgétaires.

La distinction entre pays excédentaires et déficitaires souligne également l’importance des politiques sectorielles et des investissements productifs. Là où les exportations de matières premières ou de produits transformés sont compétitives et intégrées aux chaînes de valeur mondiales, les balances commerciales tendent à s’améliorer. À l’inverse, les économies qui peinent à développer une base exportatrice diversifiée restent vulnérables aux cycles des prix internationaux et à l’évolution des besoins d’importation.

Pourquoi est-ce important ?

La performance contrastée des balances commerciales au sein de l’UEMOA au premier semestre 2025 est plus qu’un simple tableau de chiffres : elle constitue un reflet de l’état des économies ouest-africaines et de leurs trajectoires de développement. Pour les pays excédentaires, comme la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, la capacité à générer des revenus extérieurs stables grâce aux exportations offre des marges de manœuvre accrues pour financer les dépenses publiques, renforcer les réserves de change et investir dans des infrastructures clés.

En revanche, les pays en déficit chronique risquent de voir leurs dépenses de service de la dette augmenter, leurs réserves de change se réduire et leur dépendance aux capitaux étrangers s’accentuer, limitant ainsi leur capacité à financer des filets de protection sociale ou des investissements productifs. L’expérience récente montre que des déséquilibres persistants peuvent freiner la croissance économique, fragiliser la stabilité monétaire et accroître la vulnérabilité aux chocs externes, notamment les fluctuations des prix des produits importés tels que les énergies ou les machines.

Cette divergence met en lumière l’urgence pour les États ouest-africains déficitaires de diversifier leurs économies, de renforcer les capacités productives locales et de mieux intégrer leurs chaînes de valeur dans le commerce mondial. Une telle transformation passe par des politiques industrielles ciblées, l’amélioration du climat des affaires, des investissements dans les capacités d’exportation et une coordination régionale accrue pour tirer parti des avantages comparatifs de chaque économie.

Sur le plan régional, une balance commerciale plus équilibrée et plus robuste renforcerait la résilience macroéconomique de l’UEMOA, réduirait les pressions sur les réserves de change et favoriserait une croissance plus inclusive basée sur des échanges extérieurs durables.

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