Plus de 21.000 dans le Grand Lomé, 150.000 dans les savanes : le programme « Novissi 2 » fait des heureux dans tout le Togo


Les points clés :

  • Le programme Novissi 2 étend les transferts monétaires à l’ensemble du Togo, avec déjà plus de 21 000 bénéficiaires identifiés dans le Grand Lomé et des centaines de milliers dans d’autres régions.

  • Chaque ménage vulnérable bénéficie d’un versement inconditionnel de 25 000 FCFA, financé dans le cadre d’un budget global de 3,5 milliards FCFA soutenu par la Banque mondiale, l’ONU, l’AFD et la BAD.

  • À terme, près de 700 000 personnes à travers le pays devraient être couvertes, un filet social d’envergure conçu pour atténuer le coût de la vie élevé et renforcer la résilience des ménages.

Face à un contexte économique marqué par l’inflation mondiale, la vulnérabilité accrue des ménages et la précarité persistante dans plusieurs régions d’Afrique de l’Ouest, le Togo a décidé de franchir une étape majeure dans l’élargissement de ses politiques sociales. À la mi-décembre 2025, le gouvernement togolais a officiellement lancé Novissi 2, une version ambitieuse de son programme national de transferts monétaires, conçue pour couvrir près de 700 000 personnes vulnérables sur l’ensemble du territoire national.

Le programme, qui s’inscrit dans le cadre du Programme National de Protection Sociale, est financé à hauteur de 3,5 milliards FCFA et s’appuie sur une méthodologie rigoureuse de ciblage pour assurer que les transferts atteignent les ménages les plus exposés aux chocs économiques. La technologie numérique, notamment les plateformes de mobile money via Mixx by Yas et Flooz, sert de canal principal pour la distribution des fonds, renforçant l’inclusion financière tout en assurant la traçabilité des paiements.

Ce type de programme ne naît pas de rien : il fait suite à une série d’expériences de protection sociale au Togo et s’inscrit dans une dynamique plus large de développement inclusif. Des initiatives antérieures, notamment des transferts monétaires expérimentaux en 2024-2025, avaient déjà permis de toucher plus de 142 000 personnes avec plus d’1,1 milliard FCFA, posant les bases méthodologiques et institutionnelles de Novissi 2.

Du Grand Lomé aux Régions : une mise en œuvre à grande échelle

Les premiers chiffres de mise en œuvre de Novissi 2 montrent l’ampleur du déploiement. Dans le Grand Lomé, plus de 21 000 personnes ont déjà été identifiées comme bénéficiaires potentiels et recevront les 25 000 FCFA prévus, versés directement sur leurs téléphones portables. Cette approche de ciblage localisé est essentielle pour atteindre rapidement les populations urbaines vulnérables, souvent confrontées à une hausse des prix alimentaires et à un accès limité à des sources de revenus stables.

Dans les régions du nord, en particulier la région des Savanes, le programme touche plus de 150 000 bénéficiaires directs, identifiés grâce aux données du recensement national de l’Institut National de la Statistique et des Études Économiques et Démographiques (INSEED) et confirmés sur le terrain par leurs équipes à travers plus de 1 700 villages. Cette combinaison de données statistiques nationales et de vérifications sur le terrain constitue un modèle robuste de ciblage socio-économique.

La région de la Kara compte 19 480 ménages vulnérables inscrits à cette première phase du programme, et dans la région Centrale, ce sont 13 615 ménages qui ont été retenus pour recevoir des transferts dans une première vague. Ces chiffres montrent que le programme couvre à la fois les zones urbaines et rurales, avec une attention particulière portée aux populations les plus fragiles.

Un filet social conçu pour la résilience économique

L’objectif déclaré de Novissi 2 est double : répondre immédiatement à la pression du coût de la vie, et soutenir la résilience des ménages vulnérables en leur offrant un appui financier direct qui peut stabiliser leurs dépenses essentielles et stimuler la consommation locale.

Ce programme s’inscrit dans une stratégie plus large de protection sociale que le Togo mène depuis plusieurs années, en partenariat étroit avec des institutions internationales telles que la Banque mondiale, le système des Nations unies, l’Agence Française de Développement (AFD) et la Banque Africaine de Développement (BAD). L’appui de ces partenaires ne se limite pas au financement : il inclut un partage de bonnes pratiques, de ressources techniques et une intégration des normes internationales de ciblage, notamment l’utilisation de l’approche Proxy Means Test, reconnue pour améliorer l’équité et la précision des programmes de transferts sociaux.

L’expérience togolaise s’inscrit également dans un contexte régional où les politiques de transferts monétaires ont été progressivement intégrées dans les stratégies de protection sociale en Afrique de l’Ouest. D’autres pays de la région, comme le Bénin, ont mis en place des programmes similaires destinés à renforcer la sécurité économique des populations vulnérables et à créer des opportunités d’inclusion dans les économies locales, montrant que ces mécanismes peuvent jouer un rôle structurant dans la lutte contre la pauvreté.

L’héritage de Novissi et les perspectives d’avenir

Le programme Novissi 2 s’appuie sur l’héritage du dispositif Novissi initial, lancé pendant la pandémie de COVID-19 comme réponse d’urgence pour les travailleurs du secteur informel. Cette première version avait mis en lumière l’efficacité potentielle des transferts monétaires numériques au Togo, en particulier pour l’inclusion financière et l’aide aux populations marginalisées via des outils mobiles innovants.

Cette trajectoire est désormais prolongée avec Novissi 2 et s’inscrit dans le cadre encore plus ambitieux du programme ASTRE (Assistance Sociale Transformatrice pour la Résilience au Togo), qui bénéficie d’un financement de 100 millions de dollars de la Banque mondiale et vise à sortir 1,24 million de personnes de la pauvreté d’ici 2029 en élargissant encore davantage la portée des transferts monétaires et d’autres prestations sociales.

ASTRE, qui s’appuie sur les leçons tirées de Novissi et des projets antérieurs de filets sociaux de base, vise à créer un système de protection plus intégré, durable et adapté aux chocs climatiques, sanitaires ou économiques, avec un accent particulier sur l’autonomisation des femmes et des ménages pauvres.

Pourquoi est-ce important ?

L’expansion nationale du programme Novissi 2 au Togo est une réponse structurelle à des défis socio-économiques profonds. Dans un contexte où la hausse du coût de la vie, la vulnérabilité des ménages et l’exclusion financière pèsent lourdement sur la croissance inclusive, ce type de transfert monétaire direct s’impose comme une stratégie efficace pour stabiliser le revenu des plus fragiles et soutenir l’économie locale, notamment dans les zones rurales.

Sur le plan macroéconomique, l’effet multiplicateur des transferts se fait sentir non seulement dans les ménages bénéficiaires mais aussi dans les marchés locaux, où les fonds injectés augmentent la demande et peuvent contribuer à dynamiser des secteurs tels que le commerce de détail, l’agriculture et les services.

À l’échelle ouest-africaine, l’expérience togolaise montre l’importance d’outils numériques conjugués à des cadres institutionnels robustes pour atteindre efficacement les populations vulnérables. Les programmes similaires en cours dans la région démontrent une reconnaissance croissante de l’importance des filets sociaux pour renforcer la résilience économique des États face aux chocs externes, qu’ils soient climatiques, sanitaires ou liés aux marchés mondiaux.

Enfin, en intégrant des partenaires financiers internationaux et en s’appuyant sur des méthodologies de ciblage rigoureuses, le Togo pose les bases d’un système de protection sociale durable qui pourrait inspirer d’autres pays de la sous-région à adopter des politiques similaires pour améliorer la cohésion sociale, réduire les inégalités et promouvoir une croissance économique plus inclusive.

Précédent
Précédent

Togo : la création d’entreprises perd de sa vitesse

Suivant
Suivant

Transferts monétaires aux couches vulnérables au Togo : cap sur la phase régionale