Energie : le Togo met le cap sur les centrales thermiques
15 mai 2026

Energie : le Togo met le cap sur les centrales thermiques

Par Timothée Adjogla

Les points clés :

  • Le Togo continue de s’appuyer sur le thermique pour sécuriser son approvisionnement électrique.
  • Le pays vise un accès universel à l’électricité d’ici 2030 avec un mix combinant gaz et énergies renouvelables.
  • Les projets gaziers autour du port de Lomé et de la PIA pourraient profondément transformer le paysage énergétique national.

Au Togo, la transition énergétique ne signifie pas l’abandon immédiat des centrales thermiques. Alors que le pays accélère les investissements dans le solaire, l’hydroélectricité et l’électrification rurale, les infrastructures fonctionnant au gaz naturel demeurent aujourd’hui un pilier stratégique du système électrique national. Dans un contexte régional marqué par une forte croissance démographique, des besoins industriels croissants et des défis persistants de sécurité énergétique, Lomé mise sur une approche hybride où les énergies renouvelables cohabitent avec le thermique afin de garantir la stabilité du réseau.

Cette orientation a été rappelée récemment par le ministère chargé de l’Énergie, qui considère les centrales thermiques comme des outils essentiels pour assurer la continuité de la fourniture électrique, notamment pendant les pics de consommation ou les périodes de baisse de production hydroélectrique et solaire. Cette stratégie intervient alors que le Togo cherche à atteindre l’accès universel à l’électricité à l’horizon 2030, un objectif inscrit dans son Pacte national de l’énergie et soutenu par plusieurs partenaires internationaux.

Le système thermique togolais repose principalement sur deux grands opérateurs privés. Le premier est ContourGlobal, qui exploite depuis 2010 une centrale thermique de 100 mégawatts alimentée principalement au gaz naturel. Cette infrastructure constitue depuis plus d’une décennie l’un des socles de la production nationale. Le second acteur majeur est Kekeli Efficient Power, dont la centrale à cycle combiné de 65 MW est entrée en exploitation en 2022. Fonctionnant à la fois au gaz naturel et au propane, cette installation est présentée comme l’une des infrastructures thermiques les plus modernes du pays.

À ces capacités s’ajoutent les installations liées au West African Gas Pipeline, évaluées à environ 19 MW selon les données relayées par les autorités togolaises. Le gazoduc régional, qui relie le Nigeria au Ghana en passant par le Bénin et le Togo, demeure un maillon stratégique pour l’approvisionnement énergétique du pays.

Cette dépendance partielle au thermique peut sembler paradoxale à l’heure où de nombreux pays africains mettent en avant les énergies renouvelables. Pourtant, dans le cas togolais, les autorités défendent une logique de complémentarité. Le solaire et l’hydroélectricité offrent une production plus propre mais intermittente. Les centrales thermiques, elles, permettent de stabiliser le réseau électrique et de répondre rapidement à la demande lorsque les capacités renouvelables diminuent.

Le débat sur la sécurité énergétique a pris davantage d’ampleur ces dernières années dans plusieurs pays africains confrontés à des délestages ou à des insuffisances de production. Au Togo, les autorités cherchent précisément à éviter une dépendance excessive aux importations d’électricité régionales ou aux conditions climatiques. En avril 2025, la maintenance d’une importante unité thermique avait provoqué des perturbations dans certaines zones de Lomé et du pays, illustrant le rôle central de ces infrastructures dans l’équilibre énergétique national.

Dans le même temps, le Togo affiche une progression notable de son taux d’électrification. Selon les données du ministère chargé de l’Énergie et des Ressources minières, ce taux a atteint environ 75 % à fin 2025, contre 70 % en 2024 et 58 % en 2022. Cette progression repose sur plusieurs leviers : extension du réseau électrique, développement des mini-réseaux, déploiement de kits solaires individuels à travers le programme CIZO et mise en œuvre du Fonds Tinga destiné à faciliter le raccordement des ménages modestes.

Le gouvernement togolais entend désormais aller plus loin avec le programme régional PRIME-GAS, soutenu par la Banque mondiale. Ce projet représente l’une des initiatives énergétiques les plus ambitieuses actuellement étudiées en Afrique de l’Ouest. Il vise à structurer une véritable chaîne régionale d’approvisionnement en gaz naturel entre la Côte d’Ivoire, le Togo et le Bénin. 

Pour le Togo, plusieurs infrastructures majeures sont envisagées. Les autorités étudient notamment la mise en place d’installations de réception et de stockage de gaz naturel liquéfié au port de Lomé, le développement d’un réseau gazier national destiné aux futures centrales électriques ainsi qu’un gazoduc reliant le port de Lomé à la Plateforme industrielle d’Adétikopé. Ce corridor énergétique pourrait accompagner le développement industriel autour de la PIA, devenue l’un des principaux pôles industriels du pays.

L’un des éléments les plus stratégiques du programme PRIME-GAS reste toutefois la possibilité de construire une nouvelle centrale électrique au gaz de 500 MW. Une telle infrastructure changerait considérablement l’échelle énergétique du Togo, dont les capacités actuelles restent relativement limitées par rapport aux besoins futurs liés à l’industrialisation et à l’urbanisation.

Le choix du gaz naturel s’inscrit aussi dans une logique économique. À court et moyen terme, plusieurs pays africains considèrent le gaz comme une énergie de transition capable de soutenir la croissance tout en réduisant progressivement la dépendance aux carburants plus polluants comme le fioul lourd ou le charbon. Les institutions internationales elles-mêmes adoptent des positions plus nuancées sur cette question, particulièrement pour les économies africaines confrontées à des déficits structurels d’électricité.

Cette stratégie énergétique togolaise s’inscrit également dans les ambitions continentales de transformation industrielle. L’électricité constitue aujourd’hui un enjeu central pour la compétitivité des économies africaines. Les industries minières, agroalimentaires, logistiques ou manufacturières nécessitent des réseaux stables et des coûts énergétiques maîtrisés. Dans le cas du Togo, la montée en puissance de la PIA, l’expansion du port de Lomé et les ambitions régionales du pays renforcent encore cette nécessité.

Le ministère de l’Énergie met également en avant la progression des renouvelables dans le mix énergétique national. Selon les chiffres officiels, les énergies renouvelables représentaient déjà plus de 41 % du mix énergétique togolais à fin 2025. Cette évolution est portée par plusieurs projets solaires, dont la centrale photovoltaïque de Blitta, ainsi que par des initiatives d’électrification rurale.

Le Togo participe par ailleurs à l’initiative continentale « Mission 300 », pilotée par la Banque mondiale et la Banque africaine de développement, qui vise à connecter 300 millions d’Africains à une électricité fiable d’ici 2030. Dans ce cadre, les autorités togolaises cherchent à concilier impératifs environnementaux et besoins immédiats de développement.

Cependant, cette stratégie hybride soulève aussi plusieurs interrogations. Les investissements dans le gaz et le thermique nécessitent des financements importants dans un contexte de pression budgétaire. Les infrastructures gazières sont également exposées aux fluctuations des prix internationaux de l’énergie et aux risques géopolitiques régionaux. De plus, les institutions financières internationales renforcent progressivement leurs exigences environnementales, ce qui pourrait compliquer à terme le financement de certains projets thermiques.

Les enjeux environnementaux demeurent également au centre des débats. Même si le gaz naturel émet moins de CO₂ que d’autres combustibles fossiles, il reste une énergie carbonée. Plusieurs experts estiment que les pays africains devront accélérer davantage vers les renouvelables afin d’éviter un enfermement dans des infrastructures fossiles coûteuses sur le long terme.

Pour les autorités togolaises, la priorité immédiate reste néanmoins la sécurisation de l’approvisionnement électrique. Les coupures d’électricité, les insuffisances de production ou l’instabilité des réseaux représentent encore un frein majeur pour les entreprises, les ménages et les investisseurs. Dans ce contexte, le thermique apparaît comme une solution de stabilisation indispensable en attendant la montée en puissance progressive des renouvelables et des technologies de stockage.

Le défi du Togo consiste désormais à trouver un équilibre entre sécurité énergétique, compétitivité économique et transition écologique. Cette équation est aujourd’hui au cœur des politiques énergétiques de nombreux pays africains, confrontés simultanément à l’urgence climatique et aux besoins massifs d’électrification.

Pourquoi est-ce important ?

Le choix du Togo de maintenir les centrales thermiques au cœur de son système énergétique illustre les arbitrages complexes auxquels sont confrontés les pays africains. Derrière la question énergétique se jouent en réalité plusieurs enjeux stratégiques : industrialisation, attractivité économique, compétitivité des entreprises, sécurité des investissements et amélioration des conditions de vie des populations.

Avec un taux d’électrification désormais proche de 75 % et un objectif d’accès universel à l’électricité d’ici 2030, le pays cherche à accélérer sa transformation économique tout en sécurisant son réseau. Les projets gaziers autour du port de Lomé et de la PIA pourraient renforcer la position du Togo comme hub énergétique et industriel régional en Afrique de l’Ouest.

Mais cette trajectoire révèle également les défis de la transition énergétique africaine : comment répondre rapidement à la demande croissante d’électricité tout en respectant les engagements climatiques internationaux ? Pour le Togo, comme pour de nombreux pays du continent, la réponse semble aujourd’hui passer par une coexistence pragmatique entre gaz et renouvelables.

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