Les points clés :
Le Togo s'engage dans un tournant stratégique majeur avec l'opérationnalisation de sa Feuille de route gouvernementale 2026-2031 et le déploiement prospectif de la Vision Togo 2040. À l'occasion de la session de concertation « Deep Dive » tenue à Lomé le 30 juillet 2026, la ministre secrétaire générale de la Présidence du Conseil, Sandra Ablamba Johnson, a réaffirmé les deux grands cap stratégiques nationaux : un doublement du Produit Intérieur Brut par habitant et une baisse drastique du taux de pauvreté sous la barre des 15 %. La matérialisation de ces orientations repose sur une transformation structurelle de l'économie, tirée par la création de richesses et la mobilisation d'investissements structurants du secteur privé via des partenariats public-privé renforcés.
Cependant, sur le terrain, cette volonté politique se heurte à une réalité financière contraignante pour les opérateurs économiques nationaux. Lors de la réunion du Comité de concertation État-Secteur privé (CCESP) organisée le 6 juillet 2026, Laurent Coami Tamégnon, président du Conseil National du Patronat (CNP-Togo), a soulevé la détresse du tissu entrepreneurial face au retard de paiement des créances publiques. Aux côtés des tracasseries liées à la Taxe sur les entreprises de télécommunications (TETIC), à l'encadrement des commissions de recours et aux loyers de la zone portuaire, l'apurement de la dette intérieure s'impose comme le dossier le plus urgent. La rétention prolongée des factures au Trésor public paralyse le fonds de roulement des PME, limitant leur capacité d'investissement et menaçant directement le maintien des effectifs salariés.
La priorité au marché financier régional face au modèle d'urgence gabonais
Si les données officielles indiquent une légère contraction du stock de la dette intérieure, établie à 2 244,31 milliards FCFA à fin décembre 2025 (soit 32,08 % du PIB), contre 2 432,56 milliards FCFA en 2024, cette baisse de 7,74 % s'explique par un arbitrage budgétaire. En 2025, les autorités togolaises ont privilégié le recours aux emprunts extérieurs au détriment des émissions de titres sur le marché financier régional de l'UMOA. Sur le long terme, l'encours de la dette intérieure a enregistré une hausse marquée, progressant de plus de 21 % depuis 2021 où il s'élevait à 1 848,5 milliards FCFA. Le service de cette dette continue de peser lourdement sur les finances publiques, le paiement des intérêts et commissions ayant atteint environ 130 milliards FCFA sur le seul exercice 2025.
Face aux chefs d'entreprise, le ministre des Finances et du Budget, Essowè Georges Barcola, a réitéré l'engagement de l'État à poursuivre les efforts de règlement afin de solder ces arriérés d'ici la fin de l'année 2026. Cette situation invite à observer les méthodes adoptées dans la sous-région, à l'image du Gabon où les autorités ont débloqué 51 milliards FCFA pour soulager immédiatement la trésorerie de la Fédération des Entreprises du Gabon (FEG). L'absence de mécanismes de protectionnisme économique et la concurrence perçue des capitaux étrangers accentuent la vulnérabilité des acteurs économiques togolais, qui appellent à une concrétisation rapide des engagements budgétaires pour restaurer la compétitivité du marché local.
Pourquoi est-ce important ?
La question du règlement de la dette intérieure touche au cœur de la viabilité du modèle économique togolais. Alors que l'État sollicite les entreprises privées pour financer les grands projets d'infrastructure de la Feuille de route 2026-2031, l'accumulation d'arriérés de paiement compromet la confiance indispensable entre le pouvoir public et les investisseurs locaux. Sans trésorerie disponible, les PME-PMI se trouvent dans l'incapacité de moderniser leurs outils de production ou de répondre aux appels d'offres internationaux.
Sur le plan macroéconomique, la résolution de cette crise de liquidité est indispensable pour éviter une paupérisation des chaînes de valeur locales et maintenir la dynamique de croissance. Pour transformer les orientations de la Vision 2040 en réussites concrètes, le gouvernement devra équilibrer le remboursement des créanciers internationaux et l'injection directe de liquidités dans le tissu économique national, garantissant ainsi une souveraineté économique inclusive et génératrice d'emplois durables.
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