Les points clés :
Le secteur bancaire togolais présente une trajectoire à deux visages au terme de l'exercice 2025. Sur le plan purement commercial, les établissements de la place de Lomé ont affiché une santé financière appréciable : le produit net bancaire, véritable baromètre de l'activité, a progressé de 10,8 % pour atteindre 233,8 milliards FCFA (soit 415 millions $). Dans la même dynamique, le résultat brut d'exploitation s'est apprécié de 19,2 %, s'établissant à 82,6 milliards FCFA et témoignant d'une efficacité opérationnelle préservée face aux exigences de l'environnement macroéconomique sous-régional.
Pourtant, le bilan financier consolidé bascule dans un solde négatif historique. Le résultat net global des banques togolaises s'effondre à -20,5 milliards FCFA (36,4 millions $), en rupture nette avec les bénéfices enregistrés en 2024 (47,3 milliards FCFA) et en 2023 (44 milliards FCFA). Ce déficit, le premier observé depuis au moins 2021, fait du Togo le seul marché bancaire à clôturer dans le rouge parmi les huit États membres de l'Union monétaire ouest-africaine (UMOA). Ce basculement découle d'une multiplication par cinq des dotations nettes aux provisions pour risques, passées d'un exercice à l'autre de 19,1 à 96,9 milliards FCFA.
La purge du portefeuille de créances sous la pression du gendarme financier
L'origine de cette révision financière réside dans la gestion des actifs dégradés et, plus particulièrement, des créances restructurées. Ces prêts renégociés pour accorder des rééchelonnements de dette à des emprunteurs en difficulté sont passés de 17,4 à 143,4 milliards FCFA en douze mois, soit une envolée de 723,8 %. Bien que les créances douteuses et litigieuses aient reculé de 40,1 % dans le même temps, les créances en souffrance brutes atteignent désormais 314,3 milliards FCFA. Elles représentent environ 12 % du volume brut des crédits accordés par la place, un niveau supérieur à la moyenne de l'Union, établie à 9,1 %.
Ce reclassement comptable massif reflète un ajustement prudentiel exigé par la Commission bancaire de l'UMOA. En vertu de la réglementation régionale, les impayés dépassant 90 jours (ou 180 jours pour les créances souveraines) doivent être extraits du portefeuille sain et faire l'objet de provisionnements échelonnés à hauteur de 20 %, 50 % puis 100 %. Les vérifications sur place menées par le gendarme bancaire ont révélé que certains établissements maintenaient indûment ces créances sensibles parmi les actifs sains afin de reporter la comptabilisation des pertes et de soutenir artificiellement leurs résultats distribuables. Les mesures correctives ont été immédiates : la Commission a émis 40 injonctions dans l'ensemble de la zone en 2025, dont cinq ont visé des établissements togolais, assorties de trois blâmes et de trois sanctions pécuniaires.
Une vulnérabilité concentrée sur les établissements d'importance systémique
La dégradation de la rentabilité de la place ne touche pas l'ensemble des acteurs avec la même intensité. L'analyse détaillée des bilans montre que le solde négatif est fortement concentré : alors que les bénéfices cumulés des banques bénéficiaires progressent de 5,1 % pour atteindre 54,2 milliards FCFA, les pertes cumulées s'envolent de 4,3 à 74,7 milliards FCFA. Les quatre banques d'importance systémique du pays concentrent à elles seules un déficit cumulé de 44,4 milliards FCFA, dissimulant la trajectoire positive des autres établissements de la place, qui préservent environ 24 milliards FCFA de bénéfices.
Cette phase d'assainissement a également laissé des traces sur la liquidité interbancaire et les fonds propres. Les créances en souffrance sur les opérations entre banques ont connu un saut qualitatif inquiétant, passant de 6 millions à 12,2 milliards FCFA, signalant le défaut d'un établissement vis-à-vis de ses confrères locaux. Conséquence directe de cet apurement des bilans par la mise en réserve de provisions massives, les capitaux propres consolidés du secteur bancaire togolais ont enregistré un repli de 6,1 % à la fermeture de l'exercice.
Pourquoi est-ce important ?
L'épisode de dépréciation comptable traversé par la place financière togolaise met en lumière la fermeté accrue de la régulation bancaire au sein de la zone UMOA. L'action disciplinaire du superviseur, bien qu'impactante à court terme sur les comptes d'exploitation, vise à prémunir le secteur financier contre l'accumulation de risques systémiques et à garantir la transparence de l'information financière.
À moyen terme, cette opération de nettoyage des bilans constitue une étape nécessaire pour assainir le secteur et restaurer la crédibilité des banques togolaises auprès des bailleurs de fonds et des investisseurs internationaux. La capacité des établissements systémiques à reconstituer leurs fonds propres et à adapter leurs politiques d'octroi de crédits sera déterminante pour préserver le financement de l'économie réelle et soutenir les ambitions de croissance du pays.
Ne vous inquiétez pas, nous n'allons pas faire de spam.
Copyright © WestafDaily - 2026
Commentaires (0)