Le Togo passe de la sensibilisation à l'exigence commerciale en liant la survie de ses entreprises locales à l'acte d'achat réel.
La 7ème foire Made in Togo met en lumière l'impératif de rompre avec le modèle historique d'exportation brute de matières premières.
Le gouvernement togolais érige la transformation locale en rempart stratégique pour retenir la valeur ajoutée et préserver l'emploi des jeunes.
Le temps des félicitations polies et des encouragements de principe est définitivement révolu dans les allées du Centre togolais des expositions et foires de Lomé (CETEF-Togo2000). Alors que la 7ème édition de la foire Made in Togo bat son plein, une ligne de fracture conceptuelle s'est dessinée lors des discours inauguraux. Le message des autorités économiques et des organisateurs est sans équivoque : le patriotisme économique ne se mesure pas au nombre de visites de courtoisie, mais bien au volume des carnets de commandes industrielles et artisanales.
C’est le directeur général du CETEF, le Dr Alexandre de Souza, récemment élevé au rang de personnalité de l'année pour sa gestion modernisatrice de l'institution, qui a choisi de rompre avec la langue de bois administrative. Face à une audience de producteurs et de décideurs, il a martelé qu'une entreprise locale ne se nourrit pas de compliments, mais de transactions concrètes et de relations de confiance à long terme. Cette injonction au pragmatisme commercial résonne directement avec les difficultés structurelles des entrepreneurs togolais, souvent acclamés pour leur créativité mais marginalisés dans les circuits de grande distribution ou les marchés publics.
En ouvrant officiellement les pavillons de cette vitrine du génie national, le ministre de l’économie et de la veille stratégique, Badanam Patoki, a élargi le débat en pointant du doigt les failles historiques du modèle macroéconomique ouest-africain. Pendant des décennies, le Togo s'est cantonné à un rôle de fournisseur de matières premières agricoles et minières brutes, un mécanisme que le ministre qualifie ouvertement d'« exportation d'emplois » au profit d'industries étrangères. La foire de cette année, axée sur la transformation locale comme levier de développement, est donc présentée comme le point de départ d'une politique de rupture industrielle.
L'enjeu de cette 7ème foire Made in Togo dépasse largement le cadre d'une simple animation commerciale saisonnière. Elle pose les fondations de la résilience macroéconomique du pays face aux chocs exogènes. Dans une sous-région bousculée par l'inflation et les perturbations des chaînes d'approvisionnement mondiales, la souveraineté économique n'est plus une option politique, mais une urgence vitale. Capturer et retenir la valeur ajoutée sur le sol national est le seul mécanisme capable de stabiliser la balance commerciale togolaise tout en créant des bassins d'emplois durables pour une jeunesse de plus en plus qualifiée.
Les perspectives économiques dépendent désormais de la capacité du gouvernement et du secteur privé à transformer cet essai événementiel en une doctrine industrielle pérenne. Le véritable succès de cette édition ne se mesurera pas au volume des ventes au détail enregistrées en clôture, mais à la signature de contrats d'approvisionnement d'envergure entre les transformateurs locaux et les grands donneurs d'ordres. Pour que le "Made in Togo" devienne un véritable moteur de croissance, le marché intérieur doit opérer une mue culturelle profonde : consommer local doit cesser d'être perçu comme un acte de solidarité ou de charité, pour s'imposer définitivement comme un choix rationnel de qualité opérationnelle.
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