Les points clés :
À Lomé, la tenue du Forum national sur l’agroécologie et l’agriculture biologique marque un tournant stratégique pour le Togo. Pendant trois jours, du 7 au 9 avril 2026, près de 250 acteurs issus des sphères publique, privée, agricole et académique ont posé les bases d’une transformation profonde du système alimentaire national.
Au terme de cette rencontre, une déclaration forte, portée notamment par la Coordination togolaise des organisations paysannes et de producteurs agricoles, a été adoptée. Elle affirme une ambition claire : faire de l’agroécologie et de l’agriculture biologique des piliers du développement agricole. Cette orientation s’inscrit dans un contexte global où les systèmes agricoles africains sont confrontés à des pressions multiples, allant du changement climatique à la volatilité des marchés des intrants.
Un diagnostic sans concession du système agricole togolais
Les discussions ont mis en lumière les fragilités structurelles du secteur agricole. La dégradation des sols, la variabilité climatique et la dépendance aux intrants chimiques importés constituent des contraintes majeures pour les producteurs.
Selon les données de la Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, plus de 65 % des terres agricoles en Afrique subsaharienne sont affectées par des phénomènes de dégradation, ce qui pèse directement sur les rendements et la sécurité alimentaire.
À cela s’ajoutent des difficultés d’accès aux financements et aux marchés structurés, limitant la capacité des exploitants à investir et à moderniser leurs pratiques. Dans ce contexte, l’agroécologie apparaît comme une réponse adaptée aux réalités locales, en intégrant les dimensions environnementales, économiques et sociales.
L’agroécologie, une alternative économique crédible
Loin d’être un simple concept environnemental, l’agroécologie s’impose progressivement comme un modèle économique viable. Elle repose sur la valorisation des ressources locales, la réduction de la dépendance aux intrants importés et l’optimisation des synergies entre cultures, élevage et biodiversité.
Selon la Banque mondiale, les systèmes agricoles durables peuvent améliorer la résilience des exploitations face aux chocs climatiques tout en stabilisant les revenus des producteurs. Dans le cas du Togo, cette approche pourrait permettre de réduire les coûts de production, notamment dans un contexte où les prix des engrais restent volatils sur les marchés internationaux.
Une feuille de route pour passer de la théorie à l’action
L’un des éléments majeurs de la Déclaration de Lomé réside dans l’adoption d’une feuille de route nationale assortie d’un mécanisme de suivi-évaluation. Ce passage à l’opérationnel traduit une volonté de dépasser les discours pour engager des transformations concrètes.
Les priorités identifiées couvrent un large spectre, allant de l’intégration de l’agroécologie dans les politiques publiques à la mise en place de systèmes de certification adaptés aux produits biologiques. La question du financement occupe également une place centrale. Les acteurs appellent à une meilleure mobilisation des ressources, tant publiques que privées, pour soutenir la transition agricole.
Le rôle stratégique des acteurs locaux et des territoires
La déclaration insiste sur l’importance d’une gouvernance inclusive, impliquant les collectivités territoriales, les organisations paysannes et les acteurs du secteur privé. Cette approche décentralisée vise à adapter les solutions aux réalités locales, en tenant compte des spécificités agroécologiques de chaque région.
Elle s’inscrit dans une tendance plus large observée en Afrique, où les politiques agricoles cherchent de plus en plus à intégrer les dynamiques territoriales et les initiatives locales.
Jeunes, femmes et innovation au cœur de la transition
Un autre axe structurant de la Déclaration de Lomé concerne l’inclusion des jeunes et des femmes. Ces catégories sont identifiées comme des moteurs essentiels de la transformation agricole.
L’accès aux ressources, aux technologies et aux opportunités économiques reste toutefois un défi majeur. Selon la Banque africaine de développement, près de 60 % des jeunes Africains sont engagés dans l’agriculture, mais disposent de moyens limités pour développer des activités rentables. Dans ce contexte, le développement de chaînes de valeur agroécologiques pourrait offrir de nouvelles perspectives d’emploi et d’entrepreneuriat.
Une dynamique régionale en construction
Le positionnement du Togo s’inscrit dans une dynamique plus large en Afrique de l’Ouest. Des pays comme le Sénégal, le Bénin ou encore le Burkina Faso ont également engagé des initiatives en faveur de l’agroécologie.
Ces efforts s’inscrivent dans les orientations de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui encourage des systèmes agricoles durables pour renforcer la sécurité alimentaire régionale. Par ailleurs, la transition agroécologique est de plus en plus intégrée dans les stratégies continentales, notamment dans le cadre du Programme détaillé pour le développement de l’agriculture africaine (PDDAA).
Entre ambitions et défis de mise en œuvre
Malgré l’enthousiasme suscité par la Déclaration de Lomé, plusieurs défis restent à relever. La transition vers l’agroécologie nécessite des investissements importants, une adaptation des politiques publiques et un changement des pratiques agricoles.
La question de la rentabilité à court terme constitue également un enjeu, certains producteurs pouvant hésiter à abandonner des modèles intensifs basés sur les intrants chimiques. Enfin, le développement de marchés pour les produits biologiques demeure un défi, nécessitant des mécanismes de certification crédibles et une sensibilisation des consommateurs.
Pourquoi est-ce important ?
La Déclaration de Lomé dépasse le cadre national et s’inscrit dans une réflexion stratégique sur l’avenir des systèmes alimentaires en Afrique de l’Ouest. Dans une région confrontée à une croissance démographique rapide, à des chocs climatiques récurrents et à une dépendance aux importations alimentaires, la transition vers des modèles agricoles durables apparaît comme une nécessité.
L’agroécologie offre une réponse multidimensionnelle, capable de concilier productivité, résilience et durabilité. Elle permet de réduire la dépendance aux intrants importés, de préserver les ressources naturelles et de renforcer les économies locales. Pour le Togo, cette orientation pourrait contribuer à renforcer la sécurité alimentaire, à améliorer les revenus agricoles et à stimuler le développement rural.
À l’échelle régionale, elle participe à la construction d’un modèle agricole plus autonome et plus résilient, en phase avec les objectifs d’intégration économique de l’Afrique de l’Ouest. Dans un contexte mondial marqué par les crises alimentaires et les tensions sur les ressources, la capacité des pays africains à repenser leurs systèmes agricoles pourrait bien devenir l’un des principaux déterminants de leur stabilité économique et sociale dans les décennies à venir.
Images : @agridigitale
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