BAD : l’agriculture et l’élevage, des piliers stratégiques des financements au Togo
17 mai 2026

BAD : l’agriculture et l’élevage, des piliers stratégiques des financements au Togo

Par Timothée Adjogla

Les points clés :

  • La Banque africaine de développement finance actuellement 25 projets actifs au Togo pour un montant global de près de 599 millions de dollars.

  • L’agriculture et l’élevage captent 11 % des financements de la BAD, dans un contexte de transformation du secteur agroalimentaire togolais.
  • Les secteurs des finances et des transports restent les premiers bénéficiaires des investissements de l’institution panafricaine.

Au Togo, la Banque africaine de développement (BAD) continue de consolider sa présence dans les secteurs jugés structurants pour la croissance économique. Si les infrastructures financières et les transports concentrent encore l’essentiel des engagements de l’institution, l’agriculture et l’élevage occupent désormais une place stratégique dans l’architecture des financements déployés par la banque panafricaine dans le pays.

Selon les données communiquées par la représentation pays de la BAD, le portefeuille actif de l’institution au Togo comprend actuellement 25 projets, pour un volume global d’engagements estimé à 598,87 millions de dollars américains. Dans cette enveloppe, l’agriculture et l’élevage représentent environ 11 % des financements mobilisés. Une proportion qui traduit l’importance croissante accordée aux chaînes de valeur agricoles dans la stratégie économique togolaise.

Le partenariat entre le Togo et la Banque africaine de développement remonte à 1974. Depuis plusieurs décennies, l’institution financière continentale accompagne les politiques publiques togolaises à travers des projets d’infrastructures, de gouvernance économique, d’énergie, de développement rural et de connectivité régionale. Mais depuis quelques années, la dynamique s’oriente davantage vers une approche multisectorielle intégrant sécurité alimentaire, transformation agricole, résilience climatique et industrialisation agroalimentaire.

« La BAD accompagne les efforts de développement social et économique des autorités togolaises à travers différents financements et assistances. Cette coopération s’enrichit et se solidifie d’année en année », a expliqué Diallo Amadou, chargé de programme pays de la BAD au Togo.

Dans le détail, le secteur financier concentre 44 % des financements actuellement engagés. Ce choix stratégique s’explique par la volonté de soutenir les réformes macroéconomiques, l’inclusion financière, la mobilisation des investissements privés et le développement du secteur bancaire. Dans plusieurs rapports récents, la BAD a insisté sur la nécessité pour les économies africaines de renforcer leurs capacités de financement interne dans un contexte international marqué par la hausse des taux d’intérêt et les tensions sur les marchés de la dette.

Les transports arrivent en deuxième position avec 14 % des financements. Ce secteur demeure central pour le Togo, dont la stratégie économique repose largement sur sa position géographique et ses ambitions logistiques régionales autour du Port autonome de Lomé. Plusieurs projets soutenus par la BAD concernent l’amélioration des corridors routiers régionaux, notamment les infrastructures reliant le Togo au Burkina Faso, au Bénin ou encore au Ghana. Ces investissements s’inscrivent dans une logique d’intégration régionale au sein de la CEDEAO et de facilitation des échanges commerciaux dans l’espace UEMOA.

Mais c’est surtout la montée progressive du secteur agricole dans les priorités de financement qui attire désormais l’attention. L’agriculture représente encore une part importante de l’économie togolaise et emploie une grande partie de la population active. Selon les données de la Banque mondiale, le secteur agricole contribue à environ 20 % du produit intérieur brut togolais et demeure essentiel pour les revenus des ménages ruraux.

Dans ce contexte, les investissements de la BAD dans l’agriculture et l’élevage répondent à plusieurs enjeux simultanés : améliorer la productivité, renforcer la sécurité alimentaire, développer les chaînes de transformation locale et réduire la dépendance aux importations alimentaires.

Le Togo cherche notamment à moderniser plusieurs filières stratégiques comme le soja, le coton, le riz, le cacao, l’anacarde ou encore l’élevage. Ces dernières années, le gouvernement a multiplié les programmes de mécanisation agricole, d’irrigation et de soutien aux agropoles. L’objectif affiché est de faire de l’agriculture non plus seulement un secteur de subsistance, mais un moteur de transformation industrielle et d’exportation.

Cette stratégie rejoint les orientations de la BAD à l’échelle continentale. À travers son programme « Nourrir l’Afrique » (« Feed Africa »), la banque panafricaine ambitionne de transformer l’agriculture africaine en un secteur compétitif capable de générer de la valeur ajoutée et des emplois. L’institution estime que l’Afrique dispose d’un potentiel agricole largement sous-exploité alors même que le continent importe chaque année des dizaines de milliards de dollars de produits alimentaires.

Au Togo, plusieurs projets soutenus par la BAD s’inscrivent déjà dans cette logique. L’institution a notamment accompagné des programmes d’aménagement hydroagricole, d’amélioration des chaînes de valeur agricoles et de soutien aux PME agroalimentaires. Elle intervient aussi dans les initiatives liées à la résilience climatique, un enjeu devenu majeur pour les économies agricoles africaines confrontées aux dérèglements météorologiques.

L’importance accordée à l’agriculture et à l’élevage intervient également dans un contexte régional marqué par des tensions alimentaires persistantes. Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), plusieurs pays ouest-africains restent exposés aux risques de hausse des prix alimentaires, de baisse des rendements agricoles et d’insécurité nutritionnelle liée aux effets du changement climatique et aux perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales.

Pour les autorités togolaises, renforcer la production agricole locale devient donc un enjeu économique, social et sécuritaire. La crise inflationniste mondiale provoquée par les perturbations post-Covid puis par la guerre en Ukraine a rappelé la vulnérabilité de nombreux pays africains face aux importations de produits alimentaires et d’intrants agricoles.

Le développement de l’élevage figure également parmi les axes de diversification soutenus par les bailleurs internationaux. Le secteur reste confronté à plusieurs contraintes structurelles, notamment l’accès limité aux infrastructures de transformation, aux financements, à l’alimentation animale et aux services vétérinaires. Pourtant, les besoins en protéines animales augmentent avec la croissance démographique et l’urbanisation progressive du pays.

Au-delà des montants engagés, la stratégie de la BAD au Togo traduit aussi une évolution des modèles de financement du développement en Afrique. Les grandes institutions financières africaines cherchent désormais à privilégier des projets à fort impact économique et social, capables de stimuler l’investissement privé et de générer des effets multiplicateurs dans plusieurs secteurs.

Cette approche s’observe également dans les projets régionaux soutenus par la banque. Sur les 25 projets actifs au Togo, 11 sont des projets publics régionaux, preuve du rôle croissant accordé à l’intégration économique ouest-africaine. Les corridors logistiques, les interconnexions énergétiques et les programmes agricoles transfrontaliers deviennent progressivement des leviers majeurs de croissance régionale.

Le contexte international joue aussi un rôle déterminant dans cette dynamique. Face à la contraction des financements concessionnels et aux difficultés budgétaires croissantes de nombreux États africains, les banques multilatérales de développement comme la BAD sont de plus en plus sollicitées pour financer les infrastructures, accompagner les transitions énergétiques et soutenir les politiques agricoles.

La BAD elle-même traverse une phase d’expansion stratégique. Sous la présidence d’Akinwumi Adesina, l’institution a fortement accru ses engagements sur le continent autour des priorités dites « High 5 » : éclairer l’Afrique, nourrir l’Afrique, industrialiser l’Afrique, intégrer l’Afrique et améliorer la qualité de vie des populations africaines.

Pour le Togo, cette coopération renforcée avec la BAD constitue un levier important dans l’exécution de la feuille de route gouvernementale 2025-2030, qui mise sur la transformation économique, la création d’emplois et le développement des infrastructures.

Reste toutefois une question centrale : celle de l’efficacité réelle des financements dans la transformation structurelle de l’économie. Plusieurs économistes rappellent que les investissements dans l’agriculture ou les infrastructures doivent désormais produire davantage de valeur ajoutée locale, favoriser l’industrialisation et améliorer durablement les revenus des populations rurales.

Le défi est particulièrement important dans un contexte où la croissance économique africaine reste souvent peu inclusive malgré l’augmentation des investissements publics et des financements internationaux.

Pourquoi est-ce important ?

La répartition des financements de la BAD au Togo donne une lecture précise des priorités économiques actuelles du pays. Si les finances et les infrastructures restent dominantes, la place accordée à l’agriculture et à l’élevage montre que le développement rural demeure un enjeu stratégique pour la croissance, l’emploi et la sécurité alimentaire.

Dans un contexte mondial marqué par les tensions inflationnistes, les risques climatiques et les perturbations commerciales, renforcer les capacités agricoles locales devient un impératif économique pour les pays africains.

L’engagement de la BAD dans ces secteurs traduit également une évolution des modèles de financement du développement en Afrique, avec une attention croissante portée à la résilience, à la transformation locale et à l’intégration régionale.

Pour le Togo, l’enjeu dépasse les seuls volumes financiers. Il s’agit désormais de transformer ces investissements en gains réels de productivité, en industrialisation agroalimentaire et en amélioration durable des conditions de vie des populations.

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