Électricité : le Togo, l’un des tarifs les plus élevés d’Afrique
08 avril 2026

Électricité : le Togo, l’un des tarifs les plus élevés d’Afrique

Par Timothée Adjogla

Les points clés :

  • Le Togo figure parmi les pays où l’électricité est la plus chère en Afrique, avec 0,194 USD/kWh en moyenne.
  • Cette situation s’explique par une dépendance énergétique structurelle et des coûts de production élevés.
  • Les réformes en cours et les investissements dans le solaire et le gaz pourraient redéfinir le modèle énergétique national.

Dans le paysage énergétique africain, le positionnement du Togo interpelle. Selon un classement 2025 publié par SIKA Finance, le pays se hisse à la 8ᵉ place sur 33 en matière de coût de l’électricité, avec un tarif moyen de 0,194 dollar par kilowattheure. Ce niveau dépasse celui de plusieurs économies pourtant plus industrialisées, comme Afrique du Sud, Côte d’Ivoire ou encore Maroc.

À l’autre extrémité du classement, des pays comme Éthiopie ou Égypte affichent des coûts nettement plus bas, révélant une fracture énergétique profonde sur le continent. Cette disparité ne relève pas d’un simple différentiel de politiques tarifaires, mais bien d’une structure économique et énergétique fondamentalement différente.

Des chiffres clés révélateurs d’un système sous tension

Les données disponibles permettent de mesurer l’ampleur du défi. Le tarif moyen de 0,194 USD/kWh au Togo se situe bien au-dessus de la moyenne africaine estimée par la Banque mondiale, qui souligne régulièrement le coût élevé de l’électricité en Afrique subsaharienne, souvent deux à trois fois supérieur à celui observé dans les économies émergentes d’Asie.

La hausse tarifaire appliquée en mai 2025 par la Compagnie Énergie Électrique du Togo (CEET), de l’ordre de 12,5 %, illustre les tensions financières du secteur. Malgré cette augmentation, une tranche sociale subventionnée a été maintenue, signe d’un arbitrage délicat entre viabilité économique et protection des ménages.

Une dépendance énergétique qui pèse lourdement sur les coûts

Au cœur du problème se trouve la dépendance structurelle du Togo aux importations d’électricité. Le pays ne produit qu’une partie limitée de son énergie et s’approvisionne notamment auprès de partenaires régionaux comme le Nigeria ou le Ghana via les interconnexions du West African Power Pool.

Cette dépendance expose le pays aux fluctuations des prix régionaux, aux contraintes d’approvisionnement et aux coûts de transport de l’énergie. À cela s’ajoutent des pertes techniques et commerciales sur le réseau, qui renchérissent le coût final supporté par les consommateurs. Selon la Banque mondiale, les pertes sur les réseaux électriques en Afrique subsaharienne peuvent atteindre 20 % à 30 % de l’électricité produite, un niveau particulièrement élevé à l’échelle mondiale.

Un modèle économique sous pression des réformes

Le secteur énergétique togolais est également confronté à une contrainte majeure : le coût de production de l’électricité dépasse souvent le prix de vente. Cette situation crée un déséquilibre financier structurel pour les opérateurs publics.

Dans ce contexte, les réformes tarifaires engagées répondent aussi aux exigences des partenaires techniques et financiers, qui conditionnent leur soutien à une meilleure soutenabilité du secteur. Ces ajustements visent à réduire les subventions implicites et à améliorer la performance des entreprises publiques. Cependant, ces réformes restent politiquement sensibles, dans un pays où le pouvoir d’achat demeure limité et où l’accès à une énergie abordable constitue un enjeu social majeur.

Comparaison africaine : des modèles énergétiques contrastés

La comparaison avec d’autres pays africains met en lumière des choix stratégiques différents. L’Égypte a massivement investi dans la production d’électricité, notamment via le gaz naturel et les énergies renouvelables, lui permettant de réduire ses coûts et d’atteindre une relative autosuffisance.

De son côté, l’Éthiopie s’appuie sur un potentiel hydroélectrique important, qui lui garantit une production à faible coût. À l’inverse, les pays dépendants des importations ou des énergies fossiles importées, comme le Togo, restent structurellement exposés à des coûts plus élevés.

L’espoir des énergies renouvelables et du gaz

Face à ces défis, le Togo engage une transformation progressive de son mix énergétique. Les investissements dans le solaire se multiplient, avec des projets visant à exploiter le fort potentiel d’ensoleillement du pays. Parallèlement, le recours au gaz naturel apparaît comme une alternative stratégique pour stabiliser les coûts de production. Cette diversification énergétique pourrait, à moyen terme, réduire la dépendance aux importations et améliorer la compétitivité du système électrique. Ces efforts s’inscrivent dans une dynamique régionale plus large, où plusieurs pays ouest-africains cherchent à renforcer leur souveraineté énergétique.

Une question centrale pour la compétitivité économique

Le coût de l’électricité ne constitue pas seulement un enjeu sectoriel. Il influence directement la compétitivité des entreprises, le développement industriel et l’attractivité du pays pour les investisseurs. Dans un contexte où les industries manufacturières et les services numériques prennent de l’ampleur, un coût énergétique élevé peut freiner les investissements et limiter la création de valeur. À l’échelle microéconomique, il pèse également sur les ménages, réduisant leur pouvoir d’achat et leur capacité à consommer.

Pourquoi est-ce important ?

La question du coût de l’électricité au Togo dépasse largement les frontières nationales. Elle reflète les défis énergétiques structurels auxquels fait face l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest. Dans une région engagée dans une dynamique d’intégration économique, notamment au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et du West African Power Pool, l’harmonisation des systèmes énergétiques devient un levier essentiel de compétitivité.

Des pays comme la Côte d’Ivoire, le Ghana ou le Sénégal investissent massivement dans la production locale d’énergie, les infrastructures et les interconnexions régionales. L’objectif est clair : réduire les coûts, sécuriser l’approvisionnement et soutenir l’industrialisation. Pour le Togo, les choix opérés aujourd’hui en matière de politique énergétique détermineront sa capacité à s’inscrire dans cette dynamique régionale. La transition vers un modèle plus autonome, diversifié et durable pourrait non seulement alléger la facture énergétique, mais aussi renforcer son positionnement économique en Afrique de l’Ouest. Dans un continent où l’accès à une énergie fiable et abordable reste un défi majeur, la trajectoire togolaise constitue ainsi un test grandeur nature des politiques énergétiques en Afrique.

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