Intégration financière : le PAPSS franchit le cap des 30 pays et prépare son déploiement de masse
14 septembre 2026

Intégration financière : le PAPSS franchit le cap des 30 pays et prépare son déploiement de masse

Par Timothée Adjogla

Les points clés :

  • Déployé dans plus de 30 pays et adossé à 24 banques centrales, le Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS) enregistre une hausse de 1 000 % de son volume de transactions en un an.
  • L'infrastructure permet aux entreprises d'économiser jusqu'à 95 % de frais par opération tout en réduisant leurs besoins en devises étrangères de 80 %.
  • Après une phase initiale d'ancrage réseau, la plateforme pilotée sous l'égide d'Afreximbank et de l'Union africaine basculera dès 2027 vers une commercialisation grand public intensive.

 

L'intégration monétaire du continent africain accélère sa transformation opérationnelle. Officialisé à Accra en janvier 2022 sous la double tutelle de la Banque africaine d'import-export (Afreximbank) et de l'Union africaine (UA), le Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS) vient de franchir un nouveau palier d'envergure. Lors d'une conférence de presse tenue à Lagos, le directeur général de la plateforme, Mike Ogbalu III, a dressé le bilan d'un réseau qui couvre désormais plus de 30 pays au sein des cinq régions du continent. L'écosystème maille 24 banques centrales nationales et régionales, plus de 200 banques commerciales et prestataires de services de paiement, ainsi que 16 commutateurs financiers (switches). Rien qu'au cours de l'année 2026, une dizaine d'États supplémentaires sont venus consolider cet ancrage infrastructurel.

Cette montée en puissance logistique s'accompagne d'un changement d'échelle spectaculaire de l'utilisation de la plateforme. Entre 2025 et 2026, le volume des transactions traitées sur le réseau a été multiplié par dix, enregistrant une progression de 1 000 %, tandis que la valeur totale échangée augmentait de 120 %. Le Nigeria, premier marché du continent, tire cette dynamique avec une hausse des volumes de 1 100 % pour une augmentation en valeur de 125 %. Pour Mike Ogbalu III, l'étape initiale consistant à bâtir l'architecture technique, interconnecter les systèmes bancaires et instaurer la confiance institutionnelle touche à sa fin. Le cap fixé à compter de 2027 visera à démocratiser l'usage quotidien du réseau et à accélérer la fréquence des flux commerciaux transfrontaliers.

Réduction des coûts et contournement des monnaies tierces

Le succès opérationnel du PAPSS s'exprime avant tout par les gains de compétitivité directe apportés aux acteurs économiques locaux. En permettant le règlement instantané des transactions en monnaies nationales, le système élimine le détour obligatoire par le dollar américain ou l'euro, historiquement nécessaire pour commercer entre pays voisins. Selon les données arrêtées par la direction du PAPSS, les opérateurs économiques bénéficient d'une réduction de 92 % à 95 % des coûts de transaction, d'un gain de temps de traitement atteignant 99,99 % et d'une baisse des besoins en devises étrangères de l'ordre de 80 %. Ces paramètres apportent une réponse concrète à la pénurie structurelle de liquidités internationales qui pénalise de nombreuses PME du continent.

Pour concrétiser cette transformation, la direction du PAPSS entend insérer ses services dans les canaux bancaires et numériques utilisés au quotidien par les particuliers et les entreprises. La plateforme s'appuie à ce jour sur un triptyque d'offres comprenant le paiement instantané PAPSS, le marché des changes PAPSS African Currency Marketplace et la solution monétique PAPSSCARD. De nouveaux instruments, actuellement en phase de test pilote, doivent être dévoilés avant la fin de l'année 2026. L'agenda stratégique sera affiné lors de la conférence annuelle PAPSS COWRY 2026, prévue les 26 et 27 novembre à Addis-Abeba en partenariat avec la Banque nationale d'Éthiopie, avec pour ambition de faire des paiements le premier catalyseur de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).

Pourquoi est-ce important ?

Le déploiement massif du PAPSS marque le basculement d'une Afrique dépendante des circuits financiers correspondants occidentaux vers une souveraineté monétaire partagée. En permettant aux opérateurs de payer leurs importations transfrontalières en monnaie locale tout en garantissant une conversion instantanée au destinataire, le système élimine le risque de change et réduit l'érosion des marges commerciales liée aux intermédiaires bancaires internationaux.

Dans l'optique de la montée en charge de la ZLECAf, la capacité du PAPSS à traiter les transactions à grande échelle conditionne la réussite de l'intégration économique régionale. La stratégie d'interconnexion poussée avec les banques, les fintechs et les opérateurs de paiement mobile permettra aux micro, petites et moyennes entreprises de s'insérer directement dans les chaînes de valeur continentales. Ce saut technologique réduit la vulnérabilité des économies africaines aux chocs de liquidité internationaux et jette les bases d'un marché financier unifié à l'échelle du continent.

Article précédent

Industrialisation au Togo : la PIA s'impose comme...

Article suivant

Afreximbank veut transformer les acteurs pétrolier...

Laisser un commentaire

Commentaires (0)

Recevez toutes les newsletters

Ne vous inquiétez pas, nous n'allons pas faire de spam.